La naissance du garçon dans le vent

Un Hugh Jackman cabotin et que l’on croirait déguisé par un styliste de Lady Gaga.
Photo: Warner Bros Un Hugh Jackman cabotin et que l’on croirait déguisé par un styliste de Lady Gaga.

Lors de la projection de Pan, parmi une ribambelle d’enfants, j’étais sans doute le seul spectateur à éprouver un réel enthousiasme à voir… le nouveau film du cinéaste britannique Joe Wright. Certains d’entre eux sont littéralement envoûtants (Pride Prejudice, Atonement, Anna Karenina), et on a droit à tous les espoirs devant cette variation autour du célèbre personnage de l’écrivain écossais J.M. Barrie, ou plutôt ce « prequel » des cavalcades de Peter Pan, pour parler en langage hollywoodien.

À ceux et celles qui se demandaient d’où sont tirées les lubies de ce garçon qui ne voulait pas grandir et vole avec la frénésie d’un papillon, le scénariste Jason Fuchs, un transfuge de la télé passé au cinéma, donne une réponse surchargée, puisant autant dans le monde impitoyable de Charles Dickens que celui des fantaisies écolos de James Cameron. Car Peter Pan (Levi Miller, un nouveau venu plein d’aisance) serait d’abord un orphelin échoué dans un établissement dont la dureté n’a rien à envier à celle de celui que fréquentait Oliver Twist, ensuite parachuté, avec la complicité des bonnes soeurs, dans un Neverland où l’on pourrait croiser la Charlize Theron de Mad Max : Fury Road. Au fond, ce n’est peut-être pas plus mal que le Londres bombardé et assiégé de la Deuxième Guerre mondiale qu’il a quitté à son corps défendant.

Le garçon ignore tout de ses origines (princières et féeriques) et de son futur destin, tombant sous les griffes de Blackbeard, un pirate de l’air — les péripéties aériennes de son galion compte parmi les plus belles séquences du film — incarné par un Hugh Jackman cabotin et que l’on croirait déguisé par un styliste de Lady Gaga. Sa captivité sera l’occasion de faire quelques rencontres déterminantes, dont Hook avant qu’il ne soit capitaine (Garrett Hedlund, en audition pour Indiana Jones), découvrant aussi les semblables, plutôt taciturnes, de la tribu de Lily la tigresse (Rooney Mara, fade), bientôt attaqués par Blackbeard.

Explosion quasi perpétuelle

 

La bousculade narrative est constante dans cette explosion quasi perpétuelle d’effets visuels où se superpose la musique tonitruante de John Powell, abonné aux films d’animation tout aussi endiablés de type Rio ou Kung Fu Panda. Nul doute que la magie saura opérer auprès d’un jeune public friand de ces escapades fantaisistes, et qui ne sait rien des malédictions cinématographiques autour de ce personnage ; parlez-en à Steven Spielberg (Hook) et à P.J. Hogan (Peter Pan).

Joe Wright s’aventure au milieu d’un territoire où sa sensibilité est quelque peu sacrifiée. Réussir à y déceler sa finesse constitue ici un exercice périlleux ; sans doute a-t-il capitulé devant la lourdeur de la tâche, et surtout de la machine. Car celle-ci est impressionnante, le cinéaste réussissant tout de même à glisser quelques pointes d’humour (principalement l’affaire de Jackman) et à afficher un doigté certain pour diriger de jeunes acteurs dans un tel manège technologique.

Évidemment, tout ce bruit sert-il la cause de J.M. Barrie et de son Peter Pan ? Le personnage craignait la maturité, et Hollywood s’en méfie aussi.

Pan

★★★

États-Unis, 2015, 111 minutes. Comédie fantaisiste de Joe Wright avec Levi Miller, Hugh Jackman, Rooney Mara, Garrett Hedlund.