D. Kimm au pays des merveilles

Contrainte par les élections à changer quelque peu la programmation de Phénomena, D. Kimm a fait contre mauvaise fortune bon cœur et mis sur pied une soirée électorale à la Sala Rossa.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Contrainte par les élections à changer quelque peu la programmation de Phénomena, D. Kimm a fait contre mauvaise fortune bon cœur et mis sur pied une soirée électorale à la Sala Rossa.
Pour la quatrième édition du Festival Phénomena, placée sous le thème « Ombre et lumière », D. Kimm a réuni des artistes de différentes sphères qui osent se réinventer en toute liberté.

Que l’on feuillette le programme du Festival Phénomena ou que l’on navigue sur son site, ce qui frappe d’abord l’esprit et ravit l’oeil, c’est l’esthétique au charme suranné rappelant à la fois Lewis Carroll, Georges Méliès et Terry Gilliam. Si les mots « inclassable », « éclectique » et « avant-gardiste » que l’on accole d’emblée à ce festival produit par les Filles Électriques dans le Mile-End peuvent faire peur à certains, son imagerie rappelant celle de l’enfance et des contes de fées a tout pour rassurer.

 

« Georges Méliès est l’une de mes inspirations », avoue D. Kimm, directrice artistique de Phénomena. « Il faisait tout lui-même : les costumes, les décors, il jouait dans ses films… J’ai beaucoup de respect pour des artistes comme ça, comme Robert Lepage. J’avais envie de leur rendre hommage et de leur offrir une tribune. Il y a quelque chose d’ancien et d’intemporel dans l’esprit de Phénomena, mais c’est aussi très moderne, près de la société et féministe. Depuis toujours, j’ai la préoccupation que l’avant-garde appartienne à tout le monde et que tout le monde ait le droit d’inventer sa vie. La beauté du festival, c’est que l’on rejoint un public très éclectique, avant-gardiste. »

Elle-même artiste interdisciplinaire, D. Kimm ne cache pas qu’elle a aussi de la difficulté à résumer l’essence de Phénomena : « Les mots avec lesquels on étiquette le festival sont durs à porter. Je suis incapable de dire en une phrase ce qu’est Phénomena parce que c’est multiple. Il y a de la danse, du théâtre, de la musique, mais rien ne ressemble à ce que l’on voit d’habitude. J’aime beaucoup qu’on voie les ficelles même si je m’intéresse aux nouvelles technologies. J’ai besoin qu’on sente l’humain, le “performeur” derrière tout ça. En fait, Phénomena, c’est comme un pays qu’on invente, un pays que les gens sont invités à venir visiter et où ils peuvent même habiter. »

Dessine-moi un pays

 

Dans ce pays des merveilles que gouverne D. Kimm, les artistes sont libres de créer en dehors des sentiers battus, de se réinventer, de se mettre en danger dans un cadre tout aussi festif que permissif. À Phénoména, originalité, créativité et sincérité font la loi. Au fil des ans, l’artiste a ainsi créé une communauté, voire une famille, parmi laquelle on retrouve de fidèles complices, comme l’éclairagiste Lucie Bazzo (l’installation Ombre et lumière), Stephen Lawson et Aaron Pollard du duo 2boys.tv (la performance Corde raide), Marcelle Hudon (le laboratoire public Le cas Jekyll, étude #3) ainsi que René Lussier et son orchestre tentaculaire (la performance musicale Céphalopodes).

« J’aime le mot permissif parce que c’est souvent ainsi que je me sens », convient D. Kimm. « J’ouvre les portes à la création. J’aime donner la permission aux artistes de faire quelque chose de différent. En voyant Jackie Gallant dans un show collectif, je l’ai trouvée très charismatique. Je lui ai donc offert une soirée. Elle a travaillé comme une folle à bâtir son premier show solo, POD-The Musical, une comédie musicale avec des projections. »

D. Kimm poursuit : « Patrice Dubois et Dany Michaud, qui sont deux gars de théâtre, m’ont proposé un projet autour d’Armand Vaillancourt et de l’Arbre de la rue Durocher. Ils sont venus à nous parce qu’ils sentaient que c’était un lieu de liberté. Ils voulaient explorer quelque chose de différent en créant ce spectacle itinérant. Ces artistes voient en Phénomena un lieu de liberté et d’exploration. »

Pour cette quatrième Phénomena, D. Kimm est allée chercher une commissaire pour la seconder à la programmation, la musicienne Xarah Dion. Inspirée par un stage qu’elle a suivi en Italie avec le maître du théâtre d’ombres Fabrizio Montecchi, qui viendra présenter un laboratoire, des ateliers et des conférences, elle a placé la présente édition sous le thème « Ombre et lumière ». Contrainte par les élections à changer quelque peu la programmation, D. Kimm a fait contre mauvaise fortune bon coeur et mis sur pied une soirée électorale à la Sala Rossa.

« Je n’ai pas l’habitude d’organiser ce type de soirée, mais ce sera assez flyé ! On va suivre les résultats des élections en français et en anglais. Il y aura une estrade où les artistes et les poètes vont venir s’exprimer. Il y aura de l’atmosphère : pas question de déprimer dans son salon ! » conclut D. Kimm.

Les mots avec lesquels on étiquette le festival sont durs à porter. Je suis incapable de dire en une phrase ce qu’est Phénomena parce que c’est multiple. Il y a de la danse, du théâtre, de la musique, mais rien ne ressemble à ce que l'on voit d'habitude.

Festival Phénomena

Du 16 au 23 octobre

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