Cinéma - Chronique d'un Maroc ombragé

Mille mois n'est pas que la simple chronique d'apprentissage d'un jeune garçon qui perd ses illusions et accède à un âge de lucidité, au contact des dures réalités de la vie. Sur ce canevas, tout compte fait convenu, et à travers le classique regard d'un enfant, se dessine le portrait d'une société engluée dans ses archaïsmes et ses injustices.

Place au Maroc de 1981 dans un petit village du Moyen-Atlas où grandit Mehdi (Fouad Labied). Il a sept ans et son père est emprisonné pour des raisons politiques. Sa mère Amina (Nezha Rahil) et son grand-père lui cachent la vérité, en lui assurant que son père est en France. De mensonges en illusions, il découvrira le machisme de sa société rétrograde, les tyrannies politiques, un monde médiéval où les petits sont broyés par les puissants. Et ce, au cours du mois du ramadan, période de jeûne et d'expiation rituelle, au cours de laquelle les pires abus et mesquineries fleurissent pourtant sans remords.

De plus en plus de films marocains affrontent les tabous de leur pays. Mille mois a été présenté au Festival de Cannes mais également au dernier Festival de Marrakech, où il a défrayé la chronique. L'auteur a eu l'habileté de situer l'action dans un passé reculé d'une vingtaine d'années, ce qui lui permet de dénoncer par la bande, plutôt que d'affronter le présent de plein fouet.

Sans reposer sur une structure dramatique très stable, sautant d'une scène à l'autre au mépris d'une unité stylistique vraiment forte, ce premier long métrage de Faouzi Bensaidi possède le mérite d'aborder plusieurs thèmes névralgiques: l'émancipation d'une jeune fille qui lui vaut la mort, l'emprisonnement sans motif, l'abus de pouvoir d'un caïd sans scrupules épris de jeunes filles fraîches, la pauvreté du grand-père qui doit se départir de tous les biens familiaux faute du revenu de son fils emprisonné. Il ne manque pas de pistes de réflexion au spectateur dans cette fresque sociale qui montre ici un homme poussé au suicide par les persécutions du village, là une jeune fille qui se vend au plus offrant et en paie le prix.

Les comédiens ont un jeu un peu statique, qui empêche souvent l'émotion de lever, mais le scénario foisonne de pistes, se nourrit beaucoup de portraits secondaires, et le profil d'ensemble est un constat féroce d'un Maroc empêtré dans un islam de conventions jusqu'à la suffocation de son peuple.