À voir à la télévision le samedi 17 janvier - L'amour l'après-midi

On ne saura jamais ce que contient la petite boîte qui va faire frémir d'extase Séverine (Catherine Deneuve), toujours prête à se soumettre aux fantasmes les plus échevelés ou les plus cérémonieux de ses clients. Cette grande bourgeoise angoissée, aux fortes tendances masochistes, n'a pas débarqué par hasard au bordel de Mme Anaïs (Geneviève Page); elle a longtemps tourné autour des lieux, rêvant d'y assouvir toutes les fantaisies que son mari semble incapable de satisfaire. Ou qu'il n'arrive pas à deviner.

Nous ne sommes jamais dans la froide et grise réalité avec Luis Buñuel. Dans Belle de jour (1967), une adaptation très libre du roman de Joseph Kessel, les souvenirs, les rêves et les pulsions sexuelles se mélangent pour former l'univers social et mental d'une femme curieuse, troublée, coincée par les conventions. Jamais une victime, sinon très consentante, Séverine se dédouble tout en restant elle-même: prostituée l'après-midi, tendre épouse le soir; c'est dans cette dichotomie qu'elle finit par trouver son équilibre.

Profitant de la grande popularité de Catherine Deneuve, ici au sommet de sa beauté glaciale, Luis Buñuel l'a transformée en véritable objet de tous les désirs pour mieux égratigner le conformisme bourgeois et l'hypocrisie judéo-chrétienne. Pendant deux décennies, les producteurs Raymond et Robert Hakim ont sciemment refusé de faire circuler le film, comme si cette plongée dans l'érotisme et l'inconscient, jamais dépourvue d'humour, pouvait choquer les âmes pures et les esprits sensibles. Il a fallu l'enthousiasme et la passion cinéphilique de Martin Scorsese pour qu'en 1995 Belle de jour se fasse de nouveau voir en pleine lumière. Cette absence n'était qu'une preuve de plus pour démontrer l'esprit visionnaire, et irrévérencieux, du réalisateur de Tristana et du Fantôme de la liberté.

Belle de jour

Télé-Québec, 22h30