À voir à la télévision le jeudi 22 janvier - Un anglais à l. a.

Après avoir réussi à nous convaincre que Jennifer Lopez, dans un registre étroit et sous haute surveillance, pouvait ressembler à une actrice, du moins dans Out of Sight (1998), Steven Soderbergh ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Dans la même veine, profondément noire, il a attrapé au passage quelques icônes des années 60 pour nous montrer le chemin escarpé et dangereux qu'ils ont parcouru.

À la suite de sa performance de travelo vieillissant dans Priscilla, Queen of the Desert, Terence Stamp a pu échapper à l'oubli et revenir trimballer sa dégaine de Londonien désabusé, cette fois perdu dans le smog de Los Angeles, grâce à Soderbergh dans The Limey (v.f.: Le Limier, 1999).

Autres réminiscences d'une décennie qui n'en finit plus de renaître de ses cendres alors que l'on glorifie ses mythes jusqu'à les gonfler à l'hélium, Peter Fonda (monsieur Easy Rider) et Joe Dallesandro (un des fantasmes d'Andy Warhol) évoquent un passé révolu et un présent rongé par le cynisme, laissant traîner leurs idéaux autour d'une vaste piscine qui surplombe les côtes de la Californie.

Plus qu'une simple histoire de vengeance où Wilson (Stamp), un ex-prisonnier anglais, tente de retrouver les assassins de sa fille, The Limey déconstruit cette intrigue en autant de morceaux épars pour nous dérouter. En juxtaposant une foule d'éléments visuels et sonores, en revisitant une même scène sous différentes perspectives, en s'amusant à télescoper les dialogues et les images pour mieux épouser le point de vue embrouillé de ce héros solitaire, Soderbergh insuffle grandeur et audace à ce qui s'avérerait, sous un autre regard, d'une banalité confondante.

Puzzle captivant, portrait en clair-obscur d'une ville où il n'y a pas que des anges, The Limey démontrait, à ceux qui n'en étaient pas encore convaincus, l'importance et le talent d'un cinéaste qui n'en finit plus d'éblouir. Et de se réinventer.

Le Limier

Télé-Québec, 21h