Au naturel, et en famille

«Grandma», de Paul Weitz, offre une trop rare occasion à la fabuleuse Lily Tomlin de donner sa pleine mesure.
Photo: Métropole Films «Grandma», de Paul Weitz, offre une trop rare occasion à la fabuleuse Lily Tomlin de donner sa pleine mesure.

Entre une programmation hétéroclite de qualité et des activités périphériques parfois inusitées, les cinéphiles de la Vieille Capitale sont gâtés par le Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ). L’événement se poursuit jusqu’au 27 septembre, mais déjà, l’heure de rentrer à Montréal a sonné, celle de dresser un bilan préliminaire, également. Des neuf films inscrits en compétition officielle, certains s’imposent comme des coups de cœur. En outre, s’il est une chose que révèle la sélection, c’est un désir sans doute inconscient d’aller découvrir ailleurs une part de soi.

Les festivités ont débuté jeudi soir avec la présentation de Paul à Québec, qui a été chaudement applaudi par le public. Les artisans du film ont eu droit à deux ovations. Le thème de la famille qui y est exploré est cher au cinéma québécois. Or par la suite, on a pu constater, maints exemples à l’appui, qu’on n’en a point l’exclusivité.

Prenez Grandma, de Paul Weitz, qui offre une trop rare occasion à la fabuleuse Lily Tomlin de donner sa pleine mesure. Plébiscitée au festival de Sundance, la vedette de Nashville incarne avec un naturel conquérant une poète féministe lesbienne, militante, farouchement indépendante, et sans le sou. Se présente sur le pas de sa porte sa petite-fille de 16 ans, enceinte et désireuse de se faire avorter. La grand-mère ne disposant pas de la somme nécessaire, voilà l’octogénaire et l’adolescente quittes pour une tournée de porte-à-porte, chacune de celles-ci ouvrant sur un volet de la vie haute en couleur de la protagoniste. Vraiment, ce film est une merveille.

Du naturel au naturalisme, il n’y a qu’un pas que franchit Bob and the Trees, de Diego Ongaro, sur l’hiver difficile que passent un fils et son père fermiers alors que la dépression guette le second, et Les yeux d’André, d’Antonio Borges Correia, sur les défis quotidiens d’un père célibataire dont le plus jeune des quatre fils a été placé en foyer d’accueil. Le premier film vient des États-Unis, le deuxième du Portugal. Les deux mettent en vedette des non-acteurs qui jouent des versions d’eux-mêmes. Double réussite.

Tourné avec trois sous en Californie, le beau et bouleversant God Bless the Child, de Robert Machoian et Rodrigo Ojeda-Beck, conte une journée dans la vie de cinq frères et sœurs laissés à eux-mêmes par leur mère dépressive, qu’on entraperçoit fuir au début. Ici, l’approche est quasi bressonnienne.

La famille, dysfonctionnelle avec une reine mère folle, est aussi en toile de fond de La reine garçon, de Mika Kaurismäki. Il s’agit pour le compte d’un des thèmes récurrents dans l’œuvre du dramaturge et scénariste Michel Marc Bouchard. Plus tard cette semaine sera présenté Ville-Marie, de Guy Édoin, qui s’y attarde également, cette fois sous l’angle de relations mères-fils. Le film est constitué de récits entrelacés où priment ceux de mères à la croisée des chemins, l’une actrice européenne glamour, l’autre infirmière à bout. Et nous voilà de retour au Québec après ces escales étrangères.

Tout à la même place

L’activité tout entière du FCVQ s’articule autour de la place d’Youville. En surplomb, le Palais Montcalm est l’hôte des projections de la compétition tandis que les salles périphériques Les Gros Becs et Le Cabaret accueillent les autres. C’est en ce dernier lieu que s’est tenue la très courue leçon de maître de Denys Arcand, qui n’a pas déçu, dans l’un des temps forts de l’édition.

Au centre, un cinéma en plein air a été aménagé, avec écran géant et bancs à profusion. Entre jeudi et samedi, on y a décliné gratuitement, au rythme d’un film par soir, la trilogie Retour vers le futur qui fête cette année ses 30 ans. Chaque soir, une marée humaine s’est formée et il n’était pas rare de la voir applaudir spontanément aux frasques de Marty McFly (Michael J. Fox). Samedi, une authentique DeLorean, la voiture légendaire de la trilogie, a été exposée sur la grand-place. Les badauds se sont massés, ravis.

Dès après les projections, ils sont nombreux à se précipiter au Cabaret 964, quartier général du FCVQ. Les gens prennent un verre, discutent des films du jour, courts et longs métrages. S’y mêlent volontiers les cinéastes, comédiens et autres jurés, les invités s’avérant on ne peut plus accessibles. À cet égard, si l’on souhaite longue vie et prospérité à l’événement, on ne manquera pas d’espérer qu’il garde son échelle humaine. Pour ne pas dire son côté familial.

François Lévesque se trouvait à Québec à l’invitation du FCVQ.