Explosion de chaleur humaine

François Létourneau et Julie LeBreton incarnent respectivement Paul et sa conjointe Lucie.
Photo: Source Remstar François Létourneau et Julie LeBreton incarnent respectivement Paul et sa conjointe Lucie.
Voici un premier de deux regards croisés sur un film québécois particulièrement attendu, de notre critique cinéma et notre critique bande dessinée.
 

Premier constat au sujet de Paul à Québec : on espère que d’autres aventures suivront. Car si les hypothétiques suites s’avéraient être de la même trempe que ce premier film, on se retrouverait alors avec une bien belle saga cinématographique. Suivre, d’un volet à l’autre, cet attachant personnage qui évolue au gré des ans, des époques, mais pas nécessairement en ordre chronologique, que voilà une réjouissante perspective. La matière première est là, le bédéiste Michel Rabagliati ayant à ce jour mis en scène sa création dans huit récits, en comptant le plus récent titre, Paul dans le Nord, à paraître au mois d’octobre.

Campée à la fin des années 1990, l’histoire consiste en deux fils narratifs entrelacés. À Québec, Roland, le beau-père de Paul, se meurt d’un cancer du pancréas alors que ses trois filles le croient en rémission d’un cancer de la prostate. À Montréal, Paul, que Roland a mis dans la confidence, dépoussière son vieux rêve de devenir bédéiste en s’inspirant des événements.

Librement inspiré de la bande dessinée du même nom, Paul à Québec respecte l’esprit de l’oeuvre originale. Le mélange de drôlerie et de tendresse amusée est également là, intact. Cela étant, s’il est une caractéristique de la bédé que le film a su transposer à l’identique, c’est l’incroyable somme de chaleur humaine qui s’en dégage. Les amateurs, nombreux, peuvent se réjouir.

À ce chapitre, Michel Rabagliati, qui cosigne l’adaptation, a eu une bonne intuition en sollicitant le cinéaste François Bouvier, à qui l’on doit une autre sympathique chronique familiale, Histoires d’hiver. Fluide et soignée, sa réalisation sait se faire discrète lors des — nombreux — moments d’émotion, les acteurs devenant alors le centre de tout.

Comme la vraie vie

Et ils sont bons. Dans le rôle-titre, François Létourneau s’acquitte avec brio d’une tâche ardue, le personnage de Paul étant ici d’abord un observateur, ce qui implique plus de réactions que d’actions de la part du comédien. C’est, mine de rien, beaucoup plus difficile à jouer que l’inverse.

En conjointe éprouvée par la maladie de son père, Julie LeBreton fait montre de son aisance habituelle. Avec elle, point d’effet de jeu, que l’illusion parfaite du naturel.

Cheveux blancs sur la tête, lunettes épaisses devant les yeux et main sur le coeur, Louise Portal émeut en belle-maman confrontée à son nouveau rôle d’aidante naturelle.

Chapeau bas, enfin, à Gilbert Sicotte, bouleversant en homme qui refuse d’abord son sort, puis l’accepte, graduellement.

Avec eux, on rit, on pleure : cela sonnera sans doute comme un affreux cliché, mais c’est néanmoins la réalité. Paul à Québec, c’est comme la vraie vie.

Le film n’est pas sans défauts. Le rythme, par exemple, aurait gagné à être resserré, surtout au mitan. À l’issue du dernier acte, celui-ci très réaliste et extrêmement touchant, l’action piétine un peu, comme si François Bouvier avait du mal à laisser aller les personnages.

En toute justice, on le comprend.

Michel à Québec

On croise le bédéiste Michel Rabagliati sur la terrasse du quartier général du Festival du cinéma de la ville de Québec, qui s’ouvrait ce jeudi avec Paul à Québec, basé sur sa bande dessinée. Tout autour, une action bourdonnante, place D’Youville, le public affluant pour le cocktail donné en l’honneur du film. En face : un long tapis rouge a été déroulé sur les marches du Palais Montcalm où aura lieu la projection. Lorsqu’on apprend à Michel Rabagliati que ladite moquette de gala fait la même longueur que celle de Cannes, son sourire déjà ravi s’élargit encore.

« C’est quelque chose, la sortie d’un film. C’est gros, et on se promène, on se promène… les radios, les télés… Quand tu sors une bande dessinée, t’appelles huit personnes pis t’achètes deux sacs de chips ! Je suis tellement content de montrer le film aux gens de Québec… Je suis content du film, point. François [Bouvier] a vraiment fait un travail fabuleux. Tout ce qu’il a ajouté qui ne figurait pas dans la bédé, c’est tiré directement de ma vie. Faire dessiner Paul, par exemple, je trouvais ça logique d’une certaine manière puisque, comme lui, je m’inspire de ce qui m’entoure pour créer. »

La mise en abîme en question est de fait l’un de ces ajouts heureux. Par ailleurs, il est rare d’entendre un auteur s’avouer aussi satisfait de l’adaptation cinématographique de son oeuvre. Sachant l’intégrité de sa création assurée de la sorte, Michel Rabagliati, qui cosigne le scénario, serait-il partant pour remettre ça ? « François a rassemblé une équipe formidable, devant et derrière la caméra. C’est sûr que ça met en confiance. Oui, pourquoi pas ? »

Paul à Québec

★★★ 1/2

Québec, 2015, 98 minutes. Réalisation : François Bouvier, avec François Létourneau, Gilbert Sicotte, Julie LeBreton, Louise Portal.

1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 septembre 2015 08 h 06

    On devrait...

    remettre à chaque Québécois...un laisser passer gratuit afin de leur rappeler, de cette façon, que les années 2000 ne sont pas le "nec plus ultra" qu'ils pensent.
    Une incursion dans le monde d'il y a 20 ans, leur serait et leur ferait grand bien...
    Un retour dans leur histoire...dans une façon de vivre...à la québécoise.
    Pour des...souvenirs d'époque pas si lointaine.