Cinéma américain - Une cinématographie entre parenthèses

Les rigueurs de l'hiver ne se font pas sentir qu'au moment de mettre le nez dehors. Sur les écrans, après l'euphorie des Fêtes où les films prestigieux se bousculent, les distributeurs et les studios américains sont davantage préoccupés à courtiser les membres de l'Académie en prévision de la soirée des Oscars (plus tôt qu'à l'habitude, soit le 29 février) qu'à nous éblouir. Période creuse de l'année cinématographique, moment propice pour élaguer les productions destinées à sombrer dans l'oubli, le tableau d'ensemble pourrait toutefois réserver quelques surprises.

La toute première sera la transformation de Charlize Theron dans la peau d'Aileen Carol Wuorens, prostituée, lesbienne et première femme serial killer aux États-Unis. Dans Monster (23 janvier) de Patty Jenkins, elle aura Christina Ricci comme partenaire. Butterfly Effect (23 janvier) d'Eric Bress réunit Amy Stuart et Ashton Kutcher dans une histoire d'amour brouillant les époques, un autre de ces voyages où l'on se moque du temps et de l'espace.

Toujours en janvier, comme pour exorciser cet hiver qui en désespère plus d'un, Owen Wilson arbore la chemise fleurie et le look sexy des plagistes d'Hawaii dans la comédie policière The Big Bounce (30 janvier) de George Armitage. Il sera entouré du meilleur et du pire avec l'excellent Morgan Freeman, l'increvable Willie Nelson et le pathétique Charlie Sheen.

Ceux qui en rêvaient déjà devront prendre leur mal en patience car deux films importants prévus en février sont reportés. C'est le cas de Exorcist: The Beginning de Paul Schrader ou Renny Garlin: les producteurs, insatisfaits du travail de Schrader, ont exigé le tournage de scènes supplémentaires au Maroc avec un nouveau réalisateur. Pour profiter de la sortie DVD du volume 1, c'est le 16 avril qu'on pourra admirer l'adresse d'Uma Thurman dans Kill Bill 2 de Quentin Tarantino. «The Bride» va de nouveau assouvir sa vengeance envers son ancien patron.

À défaut de ces morceaux de choix, on pourra toujours suivre les péripéties d'Angelina Jolie sur les traces d'un serial killer (un autre... ) dans Taking Lives (20 février) de D. J. Caruso. Elle est en compagnie de plusieurs acteurs français (Olivier Martinez, Jean-Hugues Anglade, Tcheky Karyo) ainsi que d'Ethan Hawke et de Gena Rowlands, dans une production tournée en partie à Montréal et à Québec. Dans un registre léger, voire débilitant, Adam Sandler nous inflige une nouvelle comédie, 50 First Kisses (13 février) de Peter Segal. La feuille de route du réalisateur (Anger Management, The Nutty Professor II) laisse songeur et on espère s'amuser un peu devant les frasques d'un homme amoureux d'une amnésique interprétée par Drew Barrymore.

Un souffle d'intérêt

Dans la série «Nous n'avions rien demandé», le cinéaste Guy Ferland propose Havana Nights (Dirty Dancing 2 - 27 février) avec Romola Garai et Diego Luna, l'une des trois jeunes stars de Y tu mamá también d'Alfonso Cuaron. La danse lascive se pratique cette fois à Cuba au milieu d'une jeunesse riche et insouciante. Même Patrick Swayze va nous gratifier d'un caméo: c'est fou comme on a hâte... Tout en restant dans l'exotisme latino-américain, on préférera Touching the Void (6 février), une docu-fiction de Kevin MacDonald sur la périlleuse expédition de deux alpinistes au Pérou en 1985.

Pratiquement inconnu il y a deux ans, Viggo Mortensen fait chavirer les coeurs depuis que Peter Jackson l'a choisi pour incarner le roi Aragorn dans The Lord of the Rings. Aux côtés d'Omar Sharif, il traverse le désert de l'Arabie Saoudite avec son fidèle cheval nommé Hidalgo dans une superproduction (5 mars) au souffle épique signée Joe Johnston. Autre nom qui suscite beaucoup d'intérêt, David Mamet revient avec un thriller dans la lignée de Heist et de The Spanish Prisoner. Dans The Spartan

(12 mars), Val Kilmer doit retrouver la fille du président des États-Unis tandis que la Maison-Blanche se transforme en véritable souricière. En attendant, avec effroi, son adaptation du célèbre Six Million Dollar Man mettant en vedette Jim Carrey (!), Todd Phillips propose Starsky and Hutch (5 mars), une comédie policière avec deux acteurs qui tournent plus vite que leur ombre, Ben Stiller et Owen Wilson.

Le printemps sera sous le signe des tandems romantiques. Têtes d'affiche de Gigli, le film le plus ridiculisé de l'année 2003, Ben Affleck et Jennifer Lopez ne reculent devant rien dans Jersey Girl (19 mars) de Kevin Smith. On voudra sans doute jeter un oeil plus curieux sur le duo formé par Jim Carrey et Kate Winslet dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind (19 mars) de Michel Gondry, avec la complicité du scénariste Charlie Kaufman (Adaptation, Being John Malkovich). Une histoire, bien sûr délirante, où des savants s'amusent avec la mémoire d'un couple à la dérive. Plus prévisible, Laws of Attraction (26 mars) de Peter Howitt réunit Pierce Brosnan et Julianne Moore interprétant deux avocats spécialisés dans les causes de divorce et dont le travail a une influence certaine sur leur union.

Ceux qui voudront fuir la guimauve ne manqueront pas Dawn of the Dead (26 mars) de Zack Synder, relecture du classique de George A. Romano et ses invincibles zombies. La toujours surprenante Sarah Polley devra les affronter. Le maître mexicain de l'horreur, Guillermo del Toro, entrecroise la folie des nazis et les pouvoirs de la sorcellerie dans Hellboy (2 avril). En pleine guerre mondiale, des dirigeants du parti implorent les forces du Mal pour remporter la bataille. Autre lutte sanglante dans The Alamo (9 avril) de John Lee Hancock, avec Dennis Quaid et Billy Bob Thornton, dont la sortie, d'abord prévue pour Noël, fut repoussée. Pour plusieurs, il s'agit là d'un bien mauvais présage.

Que ferait Hollywood sans les séries télévisées, les suites et les bandes dessinées? Poser la question... Héros des Marvel Comics, G-Man Frank Castle cherche vengeance après la mort de sa famille. Dans The Punisher (16 avril) de Jonathan Hensleigh, le jeune Thomas Jane croise le fer avec John Travolta. Après le succès, inattendu, de The Whole Nine Yards, Howard Deutch en rajoute un de plus avec The Whole Ten Yards (9 avril), mettant toujours en vedette Bruce Willis et Matthew Perry. Avant de nous gratifier d'un My Big Fat Greek Wedding 2, la Canadienne Nia Vardalos scénarise et partage l'écran avec l'exceptionnelle Toni Collette dans Connie et Carla (16 avril) de Michael Lembeck. Deux chanteuses de cabaret aux allures de travestis sont plongées dans les sombres dédales de la mafia et y croisent David Duchovny qui tente de survivre à l'après-X Files.

L'arrivée des beaux jours signifie le retour des superproductions afin d'amorcer la seconde période la plus lucrative de l'année pour les majors. En mai, tous s'amuseront à établir des comparaisons entre Gladiator de Ridley Scott et Troy de l'Allemand Wolfgang Petersen. Cette fois-ci, la guerre de Troie aura lieu le 14 mai et, parmi les combattants, on retrouve Brad Pitt dans la peau d'Achille et Eric Bana en Hector. Autre moment fort attendu, le retour de l'ogre Shrek, toujours sous la gouverne d'Andrew Adamson, assisté cette fois de Kelly Asbury. Espérons que Shrek 2 conserve l'esprit irrévérencieux qui a fait le succès du premier. Et on aura droit à de nouvelles voix, dont celle de Larry King dans le rôle de l'hideuse belle-soeur du nouveau, et improbable, mari de la princesse Fiona. D'ici là, il faudra faire preuve de patience... et sûrement d'abnégation.