Le TIFF en quelques fragments

Matt Damon joue un astronaute laissé sur la planète rouge par ses équipiers d’une navette spatiale dans «Seul sur Mars».
Photo: 20th Century Fox Matt Damon joue un astronaute laissé sur la planète rouge par ses équipiers d’une navette spatiale dans «Seul sur Mars».

Jean-Marc Vallée et ses acteurs de Demolition s’étaient fait organiser ici une conférence de presse à huit heures et demie du matin vendredi, autant dire à l’aube, au lendemain des partys d’ouverture qui s’étirent. On y a appris que le scénariste Bryan Sipe avait été lui-même démolisseur en emploi de jeunesse, d’où l’idée de cet antihéros qui casse tout avec délectation.

Demolition nous est apparu charmant et iconoclaste, mais de nombreux critiques ne partagent pas cet avis. The Guardian a trouvé la quête du film frustrante et privée de but. D’autres condamnent son héros sans morale. Certains estiment bien vide un film qui porte sur ce vide, justement. Le personnage de Jake Gyllenhaal se fait reprocher son manque de consistance, alors qu’il est conçu pour changer à tout moment. Bref, le second degré tissé d’ironie n’a guère passé la rampe. Ce qui devrait signifier, pour Demolition, le couperet : gageons que les distributeurs n’avanceront pas les dates de sortie du film en 2015, pour qu’il puisse participer à la course aux Oscar. Hélas !

Houston, on a un problème !

Et nous voici ailleurs, sur mars plus précisément. Car vendredi avait lieu la première projection du film de Ridley Scott : Seul sur Mars, une histoire à la Robinson Crusoé doublée d’un Survivor sur Mars, rien de moins. Le tout avec Matt Damon en astronaute laissé sur la planète rouge par ses équipiers d’une navette spatiale qui le croyaient mort. Bon ! Ce n’est pas Blade Runner, le chef-d’oeuvre du cinéaste américain. Et Seul sur Mars, sur prouesses techniques d’images de l’espace et de vaisseaux spatiaux (sans les sommets de Gravity), ne renouvelle guère son récit, affaibli par trop de longueurs. L’esseulé se bat pour survivre et cultive même des pommes de terre en serre à l’aide de son propre fumier. Toute la planète Terre se passionne pour son sort, via des écrans interposés, mais le directeur de la NASA l’aurait bien sacrifié… Jessica Chastain incarne en quelques scènes vite expédiées une astronaute qui lui tend ses bras dans la stratosphère, de combinaison spatiale à combinaison spatiale. Tout cela porte des gros sabots, si faire se peut sur Mars. L’esprit se veut bon enfant, mais la dernière demi-heure est mieux rythmée. On s’en contentera.

L’immense équipe du film avait pris vendredi d’assaut la salle de conférence du Bell Lightbox. Ridley Scott expliqua considérer son film comme un western, genre dont il est friand. De fait les paysages de Mars ont de troublantes ressemblances avec ceux de Monument Valley… « Ce film m’est apparu plus facile à faire qu’Alien ou Prometheus, car plus réaliste et collé aux indications de la NASA », a ajouté le cinéaste. Matt Damon affirmait avoir tellement joué souvent seul sur ce tournage qu’il a découvert à Toronto une grande partie de son équipe d’acteurs… Allez, les festivals, c’est fait pour ça !

Trublion

Les documentaires de Michael Moore créent toujours l’événement. Depuis Roger Me, il nous rend sympathique son profil de fauteur de trouble, qui crache dans la soupe américaine avec silhouette et casquette d’un pur yankee. Le palmé d’or de Fahrenheit 9/11 et oscarisé de Bowling for Columbine revient à la charge après six ans de silence. Mais il prend cette fois de biais les démons de l’Amérique avec Where to Invade Next. Les États-Unis ont souvent envahi des pays souverains, avec des résultats douteux, constate notre homme. Comment devenir une meilleure nation ? Et le voici qui prend son bâton de pèlerin et s’envole dans plusieurs pays, dont l’Italie, la France, la Finlande, l’Estonie, etc. pour trouver ailleurs des formules de société à importer dans son gros pays impérialiste.

C’est amusant, bien sûr. Personne ne s’ennuie avec lui, mais d’une fois à l’autre, son jupon dépasse de plus en plus. On sent la formule, on détecte sa mauvaise foi. Moore se montre ébloui par les conditions de travail des Italiens, avec longues pauses gustatives et vacances de plusieurs semaines, ou par la nourriture santé offerte aux enfants des écoles françaises. Tout cela est juste et bon, sauf qu’il oublie à tout coup de montrer l’autre côté de la médaille, dont la crise économique dans laquelle l’Europe s’enlise. Ses démonstrations amusantes et pourtant porteuses à réflexion deviennent surtout… prétexte à comédie.

En vue au TIFF : une grosse fin de semaine de lancement de films québécois. Endorphine d’André Turpin, Ville-Marie de Guy Édoin, sans oublier l’américain Sicario de Denis Villeneuve, en ricochet après Cannes. On vous en reparle lundi.