Cinéma international - Voyager un peu plus...

Cette saison, en cinéma international, les spectateurs d'ici pourront voyager un peu partout. On se rappelle que l'an dernier la France, qui demeure le plus gros pays producteur de films hors Amérique, manquait de gros morceaux à nous offrir et son cinéma n'a guère fait d'étincelles sur nos écrans. Son cru 2004 s'annonce plus fort, encore que les vraies pièces maîtresses (le dernier film de Resnais, par exemple) manquent encore à l'appel chez nous.

En 2004 donc, la provenance des films est très variée: ces derniers viennent d'Afghanistan, d'Iran, du Sénégal, du Japon ou d'ailleurs. Le Québec a encore une fenêtre cinéma ouverte sur le monde.

Gros morceau de la saison: Dogville du Danois Lars Von Trier. Le film, injustement boudé au palmarès de Cannes, donne la vedette à Nicole Kidman, aux côtés de Lauren Bacall, James Caan, Ben Gazzara, etc. Dogville s'appuie sur un jeu brechtien, avec absence de vrais décors et repères spatiaux minimalistes. Ce grand film est porté par l'interprétation magistrale de Kidman et par les fascinants revirements psychologiques des habitants d'un petit village qui accueillent une héroïne traquée, puis peu à peu abusent d'elle. Étude sur le mal et sur les abus de pouvoir, Dogville est le premier volet d'une trilogie. (2 avril.)

Madame Brouette du Sénégalais Moussa Sene Absa, avec chant des griots, est une fable charmante et une chronique urbaine colorée, poétique et joyeuse, coproduite au Québec et mise en musique par Serge Fiori et sa compagne Majoly. (13 février.)

Primé au dernier Festival du nouveau cinéma, Osama de Sedigh Barmark nous ouvre les portes de l'Afghanistan. Le film remet en cause l'ancien régime des talibans, à travers l'histoire d'une fillette déguisée en jeune garçon pour avoir accès au travail dans un monde impossible. (20 février.)

Franc succès en Europe, Good By Lenin! de l'Allemand Wolfgang Becker revient sur la chute du mur de Berlin. On y relate l'histoire d'une femme tombée dans le coma qui se réveille dans une Allemagne réunifiée que son fils maquille en Berlin-Est pour lui permettre de s'y retrouver. (12 mars.)

D'Allemagne également, Taking Sides, le cas Furtwängler d'Istvan Szabo. Retour à Berlin en 1946 alors que les Alliés «dénazifient» le pays et se penchent sur le cas du célèbre chef d'orchestre Wilhelm Furtwängler. Avec Harvey Keitel, Stellan Skarsgard, Moritz Bleibtreu.

Un film russe très touchant, Baboussia de Lidia Bobrova, aborde le problème des aînés abandonnés. L'histoire toute simple d'une grand-mère dévouée que tous ses petits-enfants rejettent est portée par l'interprétation émouvante de Nina Shoubina. (Avril.)

Le Japonais Takeshi Kitano, qui nous a surtout habitués aux aventures des mafiosi contemporains, aborde à travers Zaitochi le Japon du XIXe siècle. Une petite ville sous la coupe de mafiosi se verra libérée par un masseur apparemment inoffensif joué par Kitano. (8 juin.)

Bénie sois-tu, prison de Nicolae Märgineanu offre une incursion poignante dans une prison de femmes en Roumanie, sous le stalinisme, avec une conversion religieuse qui apporte la lumière. (Mai.)

De France, une animation s'annonce délicieuse: Le Chien, le Général et les Oiseaux de Francis Nielsen, sur un scénario du grand Tonino Guerra. Ce conte de Noël met en scène le général qui sauva Moscou de l'armée de Napoléon, son chien Bonaparte et les oiseaux de Saint-Pétersbourg. (30 janvier.)

Toujours de France, Nathalie d'Anne Fontaine (la réalisatrice de Nettoyage à sec), avec Fanny Ardant, Emmanuelle Béart et Gérard Depardieu. L'intrigue s'articule autour d'un classique triangle amoureux: le mari, la femme et la prostituée chargée de dévoiler à madame les fantasmes du monsieur. (Mai.)

Effroyables jardins de Jean Becker revient sur les effets de la dernière guerre: une histoire de père instituteur qui fait le clown en souvenir d'une infortune de jeunesse aux mains des Allemands. Avec Jacques Villeret, André Dussolier, Thierry Lhermitte, Benoît Magimel. (20 février.)

Janis et John de Samuel Benchetrit donne la vedette à Sergi Lopez et à la défunte Marie Trintignant aux côtés de François Cluzet, Jean-Louis Trintignant et Christophe Lambert dans une histoire loufoque d'escroquerie, de substitution, de cousin fou accroché au culte de Janis Joplin et de John Lennon. (6 février.)

Côté comédies françaises, Les Ripoux 3 remet en selle Thierry Lhermitte et Philippe Noiret dans de trépidantes aventures impliquant la communauté chinoise de Paris et les deux lascars qui jouent désormais l'un contre l'autre mais sont plus pourris que jamais. (5 mars.) Quant aux Côtelettes de Bertrand Blier, avec encore Philippe Noiret qui donne la réplique à Michel Bouquet, elles sont indigestes au possible, avec leurs dialogues grivois et leur scénario outrancier. (13 février.)

De Denis Dercourt: Mes enfants ne sont pas comme les autres met en scène Richard Berry en musicien qui élève ses enfants à la baguette et ne leur permet guère de concilier apprentissage musical et joies de l'amour.

(Mi-mars.)

Tonie Marshall, la réalisatrice de Venus Beauté, nous revient avec France Boutique, qui explore cette fois l'univers d'une entreprise de téléachat avec sa faune pittoresque et ses hauts et ses bas. Avec Judith Godrèche, François Cluzet, Karin Viard.

À la Cinémathèque québécoise, ne pas manquer deux rétrospectives passionnantes: celle qui est consacrée au cinéaste finlandais Aki Kaurismaki (L'Homme sans passé), du 4 au 18 mars, ainsi que les films de Jean Cocteau, du 6 avril au 1er mai.