À la croisée des chemins

Robert Redford et Nick Nolte incarnent respectivement Bill Bryson et Stephen Katz dans «A Walk in the Woods».
Photo: Frank Masi / Broad Green Pictures Robert Redford et Nick Nolte incarnent respectivement Bill Bryson et Stephen Katz dans «A Walk in the Woods».

Robert Redford rêvait de retrouver à l’écran son partenaire le plus complémentaire, le plus inspiré : Paul Newman. Le livre de Bill Bryson, A Walk in the Woods, représentait pour lui le ticket idéal, mais la mise au monde fut longue et laborieuse (plus d’un réalisateur fut lié au projet, dont Richard Linklater). Newman a déclaré forfait bien avant sa mort en 2008, renforçant la conviction de Redford le producteur de mener à terme cette adaptation. Il a d’ailleurs trouvé en Nick Nolte un remplaçant de haute stature.

Bryson, écrivain spécialisé dans le récit de voyage, avait parcouru une bonne partie du monde, mais rarement son pays natal, les États-Unis. Déjà dans la quarantaine, le sentier des Appalaches apparaissait pour lui comme un immense défi, et il est vraiment de taille : 3500 km de randonnée entre la Géorgie et le Maine. La proposition cinématographique signée Ken Kwapis (Big Miracle, License to Web) affiche d’abord la présence, imposante, de deux stars qui entreprennent ce périple à un âge beaucoup plus avancé que celui des protagonistes du livre. L’issue de ce voyage apparaît ainsi plus incertaine, et chaque douleur évoquée par ce curieux tandem ne semble jamais feinte.

Mal à l’aise en société comme devant les caméras de télévision, Bryson (Redford, souvent effacé et placide) fait de cette randonnée une obsession identitaire, sans cesse découragé par sa conjointe (Emma Thompson, d’un bel éclat, trop vite éclipsée) qui juge cette idée stupide et dangereuse. Pour calmer ses angoisses, il accepte d’être accompagné et ne trouve rien de mieux qu’un ancien compagnon de voyage de sa folle jeunesse, Stephen Katz (Nolte, une routine comique parfaitement calibrée), mal en point et porté sur la bouteille. Ce duo pas très forme et très ridé s’engage alors sur des sentiers tortueux où la vue est souvent spectaculaire, les autres marcheurs parfois épuisants d’idiotie (chapeau à Kristen Schaal dans ce rôle ingrat), sans compter la crainte d’une chute si vite arrivée. De même qu’un ours au détour.

Ken Kwapis se fait ici modeste et docile devant ces deux acteurs à l’aura immense, suivant un parcours bien balisé qui ne cherche pas à faire de cette expédition une expérience profonde et philosophique : petites chicanes, intempéries, promiscuité dans les refuges, flirt avec une belle aubergiste (Mary Steenburgen qui ne fait que passer), rien pour atteindre une quelconque transcendance. Et au jeu de la comparaison, celles avec Wild, de Jean-Marc Vallée, ou Into the Wild, de Sean Penn pourraient s’avérer cruelles.

Cette excursion en forme de reconquête (d’une fierté masculine écorchée, d’une jeunesse depuis longtemps disparue) se décline dans un style neutre et sans éclat, effectué en bonne compagnie, certes, mais ne laissant que peu de souvenirs, la plupart sans grandes sensations fortes. Pas de quoi stimuler l’enthousiasme d’éventuels randonneurs : les plus zélés ont déjà lu le livre, et ont sûrement mieux à faire, comme trouver la meilleure façon de marcher.

A Walk in the Woods (V.F.: Promenons-nous dans les bois)

★★★

États-Unis, 2015, 104 min. Comédie de Ken Kwapis avec Robert Redford, Nick Nolte, Emma Thompson, Mary Steenburgen.