Le mythe, tel qu’en lui-même

Le film laisse découvrir un homme hypersensible en quête de vérité, en quête de sens.
Photo: Cinéma Du Parc Le film laisse découvrir un homme hypersensible en quête de vérité, en quête de sens.

À l’évocation du nom Marlon Brando, on revoit instantanément l’acteur crier « Stella ! » en déchirant son t-shirt, dans Un tramway nommé Désir. On s’en souvient, assis dans cette voiture, dépité, et déclarant qu’il « aurait pu être quelqu’un » dans Sur les quais. On réentend sa réplique du Parrain : « Je vais lui faire une offre qu’il ne pourra pas refuser. » On se remémore Maria Schneider et lui s’étreignant jusqu’à ce que mort s’ensuive dans le sulfureux Dernier tango à Paris… Et encore Brando, le crâne rasé, colonel démiurge reclus dans la jungle, dans Apocalypse Now. Des chefs-d’oeuvre qui le sont en bonne partie grâce à sa présence, grâce à son génie. Mais Brando, que pensait-il de lui-même ?

Non seulement le documentaire Listen to Me Marlon répond à cette question, mais il le fait en donnant exclusivement la parole au principal intéressé.

Réalisé par le Britannique Stevan Riley avec l’entière collaboration des héritiers du comédien, Listen to Me Marlon est, en effet, presque entièrement constitué d’enregistrements personnels de l’acteur décédé en 2004 à l’âge de 80 ans. Des centaines d’heures de confidences décousues et de réminiscences, certaines formulées sous autohypnose, ont de fait été colligées puis montées en un tout étonnement cohérent.

De la même manière, des extraits de films maison, dont plusieurs réalisés à un âge très tendre, montrent Brando durant ses années formatrices, détendu, mais déjà manifestement conscient de son image et de l’impact de celle-ci sur autrui.

« Je suis arrivé à New York avec des trous dans mes bas et des trous dans ma tête », relate-t-il à son magnétophone. Ou encore : « Lorsque la caméra s’en approche, le visage devient comme une scène de théâtre », entre autres réflexions.

Il en résulte un long flot impressionniste où images et paroles se répondent, se complètent. Hautement cinématographique, l’ensemble s’avère fascinant de bout en bout.

Le mythe carnivore

 

Misanthrope pour les uns, hurluberlu pour les autres, Brando devint, ultimement, une caricature de lui-même. De plus en plus reclus, de plus en plus désireux de cultiver son propre mystère, sa propre légende, il finit par être avalé par son mythe.

Mais derrière cela, derrière les potins et les manchettes sensationnalistes de la fin, on découvre un homme hypersensible en quête de vérité, en quête de sens. En quête d’absolu.

C’est ainsi que, guidé par la voix de son sujet, Stevan Riley parvient, tel Martin Sheen dans Apocalypse Now avant lui, à remonter jusqu’à la tanière du monstre sacré.

Listen to Me Marlon (V.O.)

★★★★

États-Unis, 2015, 95 minutes. Réalisation : Stevan Riley avec Marlon Brando.