La paie ou la grève dès vendredi au FFM

Le festival de Serge Losique éprouve des difficultés financières depuis quelques années.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le festival de Serge Losique éprouve des difficultés financières depuis quelques années.

Ils sont plusieurs employés du Festival des films du monde à glisser au Devoir la phrase : « Si les chèques aux employés du FFM ne sont pas payés ce vendredi, on va débrayer et le festival risque de s’écrouler comme un château de cartes. »

Difficile de trouver des employés pour parler à visage découvert des mots d’ordre qui circulent dans les coulisses d’un 39e FFM sur ses rails depuis jeudi dernier, mais plusieurs voix s’entendent pour évoquer aux journalistes la date butoir : ce vendredi 4 septembre. En plein festival. « Le climat est mauvais, anxieux, toxique », nous dit-on.

Certains chèques en bois à des salariés du FFM ont fait crier, d’autres rémunérations auraient été promises, puis repoussées de jour en jour, avec retards d’une semaine, de deux, d’un mois. Cette fois, le président du FFM s’est engagé à rembourser tout le monde d’ici la fin de la semaine. Mais certains se sentent échaudés. « On en a assez. Et comment le croire ? » assure un employé. D’où la menace de grève qui plane.

Un article de mardi à la une de The Gazette semait aussi l’émoi. Titré « Off-screen Drama », on y remuait le vase des problèmes en cours.

Des démissions

Au festival, les voix officielles se font plus apaisantes ; « Tout sera rentré dans l’ordre cette semaine, répète Henry Welsh, le directeur des communications du FFM. Chacun sera payé. » Gilles Bériault, le directeur du marché au FFM, admet que des employés ont quitté le navire. L’un d’eux, qui requiert l’anonymat, a porté plainte à la Commission des normes du travail il y a trois semaines, avant de claquer dernièrement la porte. « Il travaillait au FFM depuis sept ans, mais aurait eu également des engagements personnels ailleurs qui le poussaient à s’en aller. Il a lancé le bal. Trois présentatrices au cinéma Quartier Latin et deux employées de la vidéothèque ont démissionné. Il est clair que le festival a perdu du financement public, mais les employés ont toujours été payés. »

Même son de cloche de Daniel Bouchard, le directeur du marketing du Festival des films du monde. « Tout le monde sait que ce n’est pas facile au FFM en ce moment, mais Serge Losique a toujours trouvé l’argent qu’il fallait. Le danger, ce sont les rumeurs qui circulent. Elles prennent des proportions qui peuvent générer un vent de panique. Les gens ne partent pas pour rien. Il y a eu des retards de paiement, mais ça s’arrangera. »

Cette 39e édition serait la plus pénible de toutes, entend-on en coulisse. Il y avait bien eu déjà deux cuvées du FFM sans subventions publiques, en 2005 et 2006. Cette fois, l’inquiétude des troupes aurait atteint de nouveaux sommets. Dans le passé, des chèques mettaient parfois du temps à atterrir chez leurs destinataires. Ça finissait par se régler. Plusieurs employés semblent à bout de patience.

« Le problème n’en est pas un de budget, mais de trésorerie, poursuit Henry Welsh. Entre le moment où entre l’argent des commandites, de la billetterie et des dons et celui où le montant est déposé à la banque, le pont a été fragilisé. »

Les projectionnistes sont inquiets aussi. Lundi, une séance a été annulée au Quartier Latin. Mais il n’y aura pas de grève, nous dit-on, avant vendredi, advenant un non-paiement. Sinon, le navire du festival voguera jusqu’à son terme comme prévu, le 7 septembre.

Une adjointe de Serge Losique, chargée de logistique, a quitté la barque de son côté. Il y aurait eu cafouillage à la suite de projections qu’elle a annulées ce lundi sur communiqués de presse, puis qui ont été réintégrées par le président du festival, qui aurait injurié la dame en public, entraînant sa démission.

Certains se demandent vraiment où le président du festival trouvera les sous. Le FFM est propriétaire du Cinéma Impérial, qui fut hypothéqué l’an dernier.

Mais modifier les ententes de prêts hypothécaires prend du temps et la situation urge. Certains de ses proches collaborateurs avouent ignorer dans quels goussets Serge Losique trouve in extremis l’argent pour sauver les meubles. « Il ne s’en ouvre pas à nous, disent-ils, mais il en trouve. »

À souhaiter qu’il y parvienne encore d’ici vendredi.

Tout le monde sait que ce n’est pas facile au FFM en ce moment, mais Serge Losique a toujours trouvé l’argent qu’il fallait. Le danger, ce sont les rumeurs qui circulent. Elles prennent des proportions qui peuvent générer un vent de panique. Les gens ne partent pas pour rien. Il y a eu des retards de paiement, mais ça s’arrangera.

1 commentaire
  • Robert Morin - Abonné 2 septembre 2015 07 h 02

    Triste drame...

    En «bons Québécois» qui se tirent dans le pied et les uns sur les autres, nombreux sont ceux et celles d'ici qui ont tout fait pour couler ce festival pour des motifs de conflits de personnalité et qui, du même souffle, ont porté le festival de Toronto aux nues. Est-ce par réflexe de colonisés, parce que le FFM n'a jamais voulu donner dans la soumission aux dictats hollywoodiens ni dans les blockbusters? En tout cas, avec des «ami-es québécois» comme ça, Losic n'avait pas besoin d'ennemis!