Rencontre sur l’oreiller

Dans «2 Nights Till Morning», des atmosphères furtives se créent, mais l’ensemble a quelque chose d’inachevé.
Photo: Eye on Films Dans «2 Nights Till Morning», des atmosphères furtives se créent, mais l’ensemble a quelque chose d’inachevé.

Décidément, il est dommage que Marie-Josée Croze soit en tournage à Iqaluit (le film porte le nom de la capitale du Nunavut) pour Benoît Pilon. Le Festival des films du monde aurait bien eu besoin de sa présence pour animer un peu son rendez-vous. Car la lauréate du prix d’interprétation féminine à Cannes, en 2003, pour Les invasions barbares est la covedette d’un film finlandais, 2 Nights Till Morning, de Mikko Kuparinen, présenté en compétition à Montréal. La voici aux côtés de l’acteur Mikko Nousiainen dans un film sur la liaison, dans un hôtel de Vilnius, de deux inconnus de passage. Sur le thème, Sofia Coppola avait réalisé un blues magnifique avec Lost in Translation.

2 Nights Till Morning n’est pas sans lien avec Le règne de la beauté, de Denys Arcand (qui devait au départ s’intituler Two Nights). Marie-Josée Croze jouait une homosexuelle, comme ici. Le sujet : la rencontre de hasard de deux personnes sur l’oreiller est similaire. Dans 2 Nights Till Morning, on sent davantage ce que le film aurait pu être que ce qu’il est parvenu à traduire. L’ensemble a quelque chose d’inachevé, d’un peu maladroit. Un amour aurait pu naître, mais… un film aussi.

Silence, puis rapprochement

 

On s’ennuie de Nuit #1 d’Anne Émond, pour la force des dialogues d’un couple qui se forme au lit. 2 Nights Till Morning démarre sur une bonne idée : le personnage de Marie-Josée Croze prétend ne pas parler anglais la première nuit. Puis au silence répond le rapprochement du jour suivant, avec la parole. Les deux acteurs n’ont guère de répliques fortes à défendre. Ni le scénario ni la mise en scène ne vont au bout de leurs propositions. Des portes s’ouvrent sur l’intimité d’amants de passage, des atmosphères furtives se créent, mais l’ensemble nous laisse beaucoup en plan.

Pas très inspirants

 

En gros, les films attrapés au vol en compétition n’étaient guère inspirants. Amateur, comme le film suédois John Hron (que je n’ai pu suivre jusqu’au bout). Plus tonique, mais vite oublié : Fou d’amour, du Français Philippe Ramos, sur un prêtre érotomane (avec Melvil Poupaud et Dominique Blanc, tout de même). Vraiment cliché et mal foutu, L’âme d’un espion, du Russe Vladimir Bortko, une histoire d’espionnage avec une Sandrine Bonnaire loin d’être au sommet de son art et un Malcolm McDowell cabotin au possible.

Outliving Emily, de l’Américain Eric Weber, épisodes d’une vie de couple, où monsieur et madame sont défendus par des interprètes différents, n’a pas inventé le procédé, mais il demeure relativement intéressant. Et puis il y a trop de films en compétition cette année (25). À part le jury, à peu près personne n’aura tout vu, afin d’être à même d’évaluer le palmarès à la fin.

Par ailleurs, la situation financière précaire du FFM soulève des inquiétudes. Le climat est tendu dans les coulisses du festival, avec des rumeurs de défection parmi certains membres du personnel.