Cultiver sa curiosité, et sa patience

André Lavoie Collaboration spéciale
Dans le nouveau film de Jaco Van Dormael, l’étonnant Benoît Poelvoorde incarne…. Dieu !
Photo: Climax Films/Axia Films Dans le nouveau film de Jaco Van Dormael, l’étonnant Benoît Poelvoorde incarne…. Dieu !

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Quelques distributeurs y croient dur comme fer, certaines salles résistent au laminage des goûts et les festivals demeurent des espaces essentiels pour voir des oeuvres qui, autrement, ne feraient aucun détour par le Québec. Ce n’est donc pas le plat désert sur nos écrans, et l’automne recèle suffisamment de promesses alléchantes pour combler nos désirs d’évasion cinématographique.

L’une des plus stimulantes débarque de Belgique, et il nous tardait de renouer avec Jaco Van Dormael, lui qui avait ébloui la planète avec Toto le héros avant de s’égarer dans les méandres du cinéma « international » (Mr. Nobody). Il revisite des paysages familiers, dont ceux de Bruxelles, dans Le tout Nouveau Testament (9 octobre), une fantaisie grinçante où Dieu est incarné par nul autre que Benoît Poelvoorde, flanqué de la débonnaire Yolande Moreau.

Autre réalisateur à la gloire écorchée ayant trouvé son salut dans le documentaire (Pina, Le sel de la terre), l’Allemand Wim Wenders tente une nouvelle incursion du côté de la fiction avec Every Thing Will Be Fine (23 octobre), un film sur le deuil avec James Franco, Charlotte Gainsbourg et Marie-Josée Croze. Sans doute sa dernière carte pour ne pas être oublié de ceux et celles qui ne jurent encore que par Les ailes du désir.

Lui aussi a connu son heure de gloire, et représente une véritable constellation : Gérard Depardieu. Le temps de quelques frasques et d’un séjour en Russie, il est passé de monstre sacré à personnage grotesque. Sur son corps (qu’Abel Ferrara a osé dénuder dans Welcome to New York) sont inscrites plusieurs réussites du cinéma français. Valley of Love (6 novembre), de Guillaume Nicloux, va-t-il s’y ajouter ? Même s’il renoue avec la sublime Isabelle Huppert, celle avec qui il partageait la vedette dans Loulou, de Maurice Pialat, les retrouvailles s’annoncent plus curieuses que mémorables.

Tout bascule

Pour exorciser la peur des vieux jours, et surtout celle de la mort, deux cinéastes proposent une vision à la fois drôle et tragique de ces moments où tout bascule, pour les parents comme pour les enfants. Voilà pourquoi on risque fort de laisser couler quelques larmes devant Floride (27 novembre), de Philippe Le Guay (après Les femmes du 6e étage et Molière à bicyclette, on salive) et La dernière leçon (10 décembre), de Pascale Pouzadoux. Avec Sandrine Kiberlain d’un côté et Sandrine Bonnaire de l’autre, ça ne devrait pas être très difficile de se laisser aller.

La mort s’est aussi invitée dans le documentaire de Nina et Denis Robert, Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai (2 septembre). Charlie Hebdo, Hara-Kiri, c’est un peu le journaliste impertinent François Cavanna et, avant son décès le 29 janvier 2014, il s’est confié sur l’esprit irrévérencieux des magazines qu’il a fondés, et les remous qui ont jalonné leur histoire. Ceux et celles ayant crié haut et fort « Je suis Charlie » en janvier 2015 auraient tout intérêt à le découvrir.

Du cinéma de Croatie ? Certains connaissent ses plages magnifiques, d’autres son histoire tumultueuse… Le cinéaste Dalibor Matanic, auréolé du Prix du jury dans la section Un certain regard au dernier Festival de Cannes, conjugue la beauté des lieux et la violence qu’elle tente de camoufler dans Soleil de plomb (novembre), la chronique de deux villages voisins sans cesse rongés par les rivalités et les errances du passé.

Destin implacable

Comment échapper à un destin implacable lorsqu’on habite la Colombie ? José Luis Rugeles en fait la cruelle démonstration dans Alias Maria (novembre). Il pose ici une question troublante : guérilla et grossesse peuvent-elles cohabiter ? Pour l’héroïne tragique de ce drame percutant, c’est un dilemme de tous les instants, un secret qui peut lui coûter la vie, et celle de son enfant.

D’autres déchirements sont à prévoir dans le film du Belge David Lambert, Je suis à toi (11 septembre), alors qu’un jeune Argentin sans le sou débarque en Belgique, croyant trouver son salut auprès d’un boulanger qui s’éprend de celui qui n’a jamais hésité à se prostituer pour une clientèle masculine afin de gagner sa vie. Leur relation, parfois orageuse, se complique davantage avec la présence d’une belle collègue de travail interprétée par l’actrice québécoise Monia Chokri.

Les douleurs de l’exil accablent les nouveaux arrivants, mais aussi ceux qui maîtrisent peu ou pas la langue du pays d’accueil. C’est ce qui afflige la dévouée Fatima dans le film éponyme de Philippe Faucon (octobre), ne sachant aucun mot de français après des années en France à trimer dur comme femme de ménage pour scolariser ses deux filles. Un peu malgré elle, cette Maghrébine semble ériger un mur d’incompréhension, une triste réalité dépeinte ici avec beaucoup de sensibilité.

Comme à l’habitude, quelques films très attendus n’ont toujours pas de date de sortie. Il faudra donc compter les mois pour découvrir Dheepan, la Palme d’or accordée au surdoué Jacques Audiard, tout comme Mia Madre, de Nanni Moretti, et Mon roi, de Maïwenn. Une autre grande qualité des cinéphiles, et pas que dans les files d’attente ? La patience !

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