Filles perdues, cheveux gras

Une fois de plus, Baumbach et Gerwig explorent l’amitié entre femmes à travers les tribulations de deux New-Yorkaises nombrilistes en quête identitaire.
Photo: Fox Searchlight Une fois de plus, Baumbach et Gerwig explorent l’amitié entre femmes à travers les tribulations de deux New-Yorkaises nombrilistes en quête identitaire.

Alors qu’il faisait la promotion des Amours imaginaires, son deuxième long métrage, Xavier Dolan affirmait qu’il s’agissait d’un entremets, soit un film mineur en attendant de tourner un projet plus ambitieux (Laurence Anyways). Or, avec ledit petit film, le jeune prodige confirmait son talent et dévoilait son humour incisif. Avec Mistress America, son neuvième long métrage, Noah Baumbach, qui n’a certes plus rien à confirmer, livre un film mineur. Or, plutôt que d’être un terrain de jeu et d’exploration comme le fut Les amours imaginaires pour Dolan, cette comédie dramatique écrite avec Greta Gerwig, sa muse et compagne à la ville, se révèle une esquisse quasi parodique de son magnifique Frances Ha.

Une fois de plus, Baumbach et Gerwig explorent l’amitié entre femmes à travers les tribulations de deux New-Yorkaises nombrilistes en quête identitaire. Étudiante en lettres déçue par le quotidien universitaire, Tracy (Lola Kirke), timide et lucide, se lie d’amitié avec sa future belle-soeur Brooke, de 12 ans son aînée (Greta Gerwig), rêveuse et hyperactive. Après leur première rencontre, Tracy trouve en Brooke tous les éléments d’une nouvelle qui pourrait lui permettre d’être acceptée dans une société littéraire.

Aussi fascinant et agaçant que l’étourdissante et verbomotrice Brooke, Mistress America séduit d’emblée par le charme conquérant de Kirke et Gerwig, qui ont eu assurément un plaisir fou à se mettre en bouche leurs répliques vives et acidulées. Au fil des rencontres, alors que la caméra fébrile traque les deux copines, proches parentes des Girls de Lena Dunham, et que l’envahissante trame sonore menace de couvrir les dialogues, Baumbach tombe de plus en plus dans la redite.

Évitant de justesse la baisse de régime, il transporte alors l’action dans une résidence cossue du Connecticut, théâtre d’une pathétique tentative de Brooke de soudoyer de l’argent à son ex-meilleure amie et à son ex (Heather Lind et Michael Chernus). Hélas ! Le tout prend alors l’allure d’un maladroit sitcom tournant au vinaigre. Alors que le rideau tombe abruptement sur cette petite faune paumée, force est de se demander si Baumbach et Gerwig sont en panne d’inspiration.

V.O. : Forum

Mistress America

États-Unis, 2015, 84 minutes. Comédie dramatique de Noah Baumbach avec Lola Kirke, Greta Gerwig, Heather Lind, Michael Chernus, Matthew Shear et Jasmine Cephas Jones.