Entre Mahomet et tout ce qu’on voudra

Scène du film «Mohammad», de l’Iranien Majid Majidi, sur l’enfance du prophète Mahomet
Photo: Mohammad Foghani Agence France-Presse Scène du film «Mohammad», de l’Iranien Majid Majidi, sur l’enfance du prophète Mahomet

C’est ce jeudi que démarre le 29e Festival des films du monde, qui fait jaser depuis sa conception. Mohammad, de l’Iranien Majid Majidi, sur l’enfance du prophète Mahomet, entend selon le cinéaste casser l’image de violence associée à l’islam et offrir un apaisement aux luttes entre chiites et sunnites. Majidi, deux fois lauréat au FFM du Grand Prix des Amériques, est un habitué des lieux.

Des gens signalent au Devoir des grondements de la communauté iranienne de Montréal, composée de dissidents au régime pour l’essentiel, inquiets de voir un film financé en grande partie par le régime (40 millions $US, le plus cher jamais réalisé au pays), à leurs yeux propagandiste, retenu au FFM. Une autre superproduction mahométane, du Qatar cette fois, entend donner sa propre version de la jeunesse du prophète. Des membres de cette équipe rivale assisteront à la première du film à Montréal.

Muhammad devrait prendre mercredi l’affiche en Iran sur 138 écrans, mais pour cause de « problèmes techniques », la sortie en est repoussée (Inch Allah !), selon l’AFP. C’est donc le FFM qui lance ce brûlot de trois heures.

Aux yeux de plusieurs musulmans, la représentation du prophète est prohibée, d’où la houle et la polémique en Arabie saoudite et dans d’autres bastions sunnites, alors que l’Iran est chiite. Le visage de Mahomet n’apparaîtrait pas dans le film de Majidi, voilé par effets spéciaux. Quand même… Les opposants ne sont pas toujours de joyeux plaisantins…

Au service des communications du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Manuel Couture assure ne pas voir de risque apparent à cette projection. « Mais on est au courant de la situation et nous avons une très bonne collaboration avec les programmateurs du festival. » Un effectif policier n’est pas prévu au Cinéma Impérial, mais la police ne sera pas loin non plus, si besoin se fait sentir.

On vous en dira plus vendredi, après projection, rencontre avec le cinéaste, coup d’oeil à la cérémonie d’ouverture, etc.

469 films au menu

Sinon, c’est donc reparti pour le FFM, qui roule depuis l’an dernier sans les habituelles subventions de Téléfilm Canada, de la SODEC et de la Ville de Montréal, avec l’aide de fonds privés québécois et sans doute chinois. La présence du maire de Montréal Denis Coderre à la soirée d’ouverture ne signifie en rien le retour des billes municipales dans un rendez-vous contesté, auquel les bailleurs de fonds publics tournent le dos, mais qu’un fidèle public soutient.

La ténacité dans l’adversité de président du FFM, désormais privé de son bras droit Danièle Cauchard, force l’admiration ou la consternation. C’est selon.

469 films de tous formats, dont 25 en compétition, seront projetés jusqu’au 7 septembre dans un rendez-vous dédié au regretté maître portugais Manoel de Oliveira, avec un jury présidé par le nouvel académicien Dany Laferrière.

Quelques couacs : deux films, annoncés dans la course lors du dévoilement de la compétition officielle : Les mémoires du vent, du Turc Ozcan Alper, un des meilleurs espoirs du pays, et L’accabadora de l’Italien Enrico Pau, sont disparus de cette section sans que le festival n’ait fait l’annonce du retrait. Dans le cas du film turc, le refus du cinéaste de débourser des frais de transport du DCP (fichiers numériques du film) réclamés par le FFM (mais dans nul autre festival de films) aurait entraîné son élimination de la course.

Sinon, le menu est touffu, souvent nébuleux, avec sans doute des surprises à la clé, bonnes ou mauvaises.

À surveiller

Quelques titres à surveiller : Eisenstein à Guanajuato du Britannique Peter Greenaway sur le passage du grand cinéaste russe au centre du Mexique en 1931, qui allait y tourner Que Viva Mexico !. Aussi, Latin Lover, de la romancière et cinéaste italienne Cristina Comencini, hommage aux grands acteurs comiques, avec Virna Lisi, morte quelques jours après le tournage, Marisa Paredes, Valeria Bruni Tedeschi, etc.

Sergio Castellitto, qui dirigeait le jury du FFM l’an dernier, a réalisé You Can’t Save Yourself Alone, réflexion sur la vie de couple. À voir également, Mes ennemis, de Stéphane Géhami, seul film québécois en compétition, et Orson Welles, autopsie d’une légende, de la Française Elisabeth Kapnist.

Le dernier loup, du Français Jean-Jacques Annaud, fut tourné en Chine en mandarin. Fou d’amour, du Français Philippe Ramos, met en scène Melvil Poupaud et Dominique Blanc. A Walk in the Woods, de l’Américain Ken Kwapis, donne la vedette à Robert Redford, Emma Thompson, Nick Nolte.

Quant à Marie-Josée Croze, elle joue dans Deux nuits avant le matin, de Mikko Kuparinen. Gad Elmaleh apparaît dans L’orchestre de minuit, de Jérôme Cohen Olivar. The Girl King, du Finlandais Mika Kaurismäki, est adapté de la pièce de Michel Marc Bouchard Christine, la reine-garçon, admirée au TNM.

Il faut aussi y aller au pif. Bon festival !

1 commentaire
  • Daniel Francoeur - Abonné 27 août 2015 09 h 18

    Jouer avec le feu

    Il me semble que dans le climat actuel exacerbé sur tout ce qui touche Mahomet et ses «représentations», il existe un risque à la sécurité des des festivaliers. J'ose espérer que la présence policière sera clairement visible.