Guibord en plein air

Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir

Environ 450 spectateurs courageux ont bravé avertissement d’averses et veille d’orages violents lundi soir afin de se masser à l’angle du boulevard Pie-IX et de l’avenue Pierre-De-Coubertin, sur l’Esplanade du Parc olympique. Avoir la primeur, en plein air, du tout nouveau film de Philippe Falardeau, voilà qui justifiait amplement de recevoir quelques gouttes éparses sur le coco. Une redoutable satire, Guibord s’en va-t-en guerre se gausse de tout ce qui grouille et grenouille dans, et autour de, l’arène politique. Le maire de Montréal, Denis Coderre, est venu présenter le film. « Ce n’est pas ma biographie », a-t-il plaisanté, rappelant son ancienne vie de député fédéral, profession qu’exerce ledit Guibord.

Quelques heures auparavant, le dernier-né de Philippe Falardeau avait eu sa première, dans un contexte similaire, sur la Piazza Grande du Festival de Locarno en Suisse. Le réalisateur de Congorama et de C’est pas moi, je le jure avait d’ailleurs préparé une courte vidéo dans laquelle les 4000 spectateurs rassemblés là-bas ont souhaité une bonne projection, en différé, au public d’ici.

« La première mondiale de Monsieur Lazhar sur la Piazza Grande fut l’une des plus belles projections de ma vie. Maintenant que Guibord s’en va-t-en guerre aura droit aux mêmes honneurs, nous avons pensé qu’il fallait à tout prix partager cette expérience avec les gens d’ici », a expliqué le cinéaste plus tôt dans la journée.

Raconté avec la verve et l'intelligence caractéristiques du cinéma de Philippe Falardeau, Guibord s’en va-t-en guerre relate les péripéties d'un député fédéral indépendant du Nord du Québec qui, par un délicieux caprice de la démocratie (et de la chirurgie, longue histoire), se retrouve avec la balance du pouvoir sur un vote très important. L'enjeu? Déterminer si le Canada s'engagera ou non sur le sentier de la guerre.

Dévoué à sa circonscription, Guibord, une ancienne gloire du hockey junior-major, est habitué d'être traité comme quantité négligeable par ses collègues de l’Assemblée nationale. Mais voilà que du jour au lendemain, on le courtise de toutes parts. Les différents groupes d’intérêt se mobilisent et au bureau, du premier ministre, on est tout sucre, tout miel.

Flanqué de son épouse et de sa fille, la première pour la guerre, la seconde, contre, Guibord entreprend de consulter son monde sur le conseil d'un jeune stagiaire idéaliste d'origine haïtienne répondant au doux prénom de Souverain.
 
Fort belle distribution

Patrick Huard (Starbuck) offre  une excellente composition dans le rôle-titre. Le pragmatisme honnête de son Guibord est rafraîchissant. Suzanne Clément (Mommy), parfaite en conjointe femme d’affaires, paraît quant à elle être née dans ce décor-là et avoir toujours mené cette vie-là. En clone de Stephen Harper, Paul Doucet (Funkytown) s’amuse ferme. Pareil pour Robin Aubert (Autrui), en porte-parole — bègue! — de camionneurs dont la route est bloquée par les Premières Nations. En mairesse de village, Micheline Lanctôt (Unité 9) roule ses « r » à qui mieux mieux.

Loin d’être éclipsé par ses partenaires chevronnés, le nouveau venu Irdens Exantus tire très bien son épingle du jeu. En réalité, tous se distinguent, chacun son tour, au sein d'une fort belle distribution.

Filmé en bonne partie dans la région de l'Abitibi-Témiscamingue, non loin de la ville de Val-d'Or, Guibord s’en va-t-en guerre prendra l'affiche partout le 2 octobre (alors que la campagne électorale fédérale aura entamé sa dernière ligne droite). Ce sera alors l'occasion d'une critique en bonne et due forme, mais dans l'intervalle, on reparlera du film deux fois plutôt qu'une, d'abord lors de son passage au Festival international du film de Toronto, puis lors de sa présentation au Festival de cinéma de la ville de Québec.