Entichés de pastiche!

Les acteurs Michael Ironside et Laurence Lebœuf ont été intrigués et séduits par le scénario de «Turbo Kid». Ils ont tout de suite dit oui au projet.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les acteurs Michael Ironside et Laurence Lebœuf ont été intrigués et séduits par le scénario de «Turbo Kid». Ils ont tout de suite dit oui au projet.
À la fois film d’action postapocalyptique et comédie satirique, Turbo Kid, à l’affiche le 14 août, a été conçu par trois cinéphiles nostalgiques des productions de série B de leur enfance. Ils ne sont pas les seuls, il faut croire, puisque leur exercice de style rétro-kitsch a été remarqué au Festival de Sundance puis s’est mérité un prix du public à SXSW. Même honneur remporté tout récemment à Fantasia où le film a déclenché non pas une vague, mais un tsunami d’euphorie.
 

À force de pollution et d’irresponsabilité quant à la menace nucléaire, l’humanité a eu raison d’elle-même. Sur une planète terre dévastée, des grappes de populations décimées survivent comme elles le peuvent. Rarissime, l’eau est la ressource la plus précieuse. Zeus, un tyran borgne, en contrôle l’approvisionnement. Résolu à rétablir la justice en ce bas monde, le Kid, un adolescent épris de bandes dessinées, se réinvente superhéros et décide d’affronter le terrible despote. À ses côtés : Apple, une jeune fille dont l’indéfectible bonhomie cache quelques secrets. Ah oui, un dernier détail : tout cela se déroule dans le futur… En l’an 1997.

Né de l’imaginaire débridé du collectif Roadkill Superstar (RKSS), constitué de François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell, Turbo Kid a connu une mise au monde à l’image de son intrigue, c’est-à-dire joyeusement rocambolesque.

« On a réalisé plusieurs courts métrages sous forme de fausses bandes-annonces, rappelle Yoann-Karl Whissell. À l’origine, Turbo Kid devait en être une ; une parodie des films postapocalyptiques à la Mad Max du début des années 1980. Ces films-là ont bercé notre enfance alors qu’on regardait tout, le très bon comme le très mauvais. À Fantasia, on est tombés sur Jason Eisener, le réalisateur du film Hobo with a Shotgun [une autre fausse bande-annonce devenue film créée pour un concours organisé par le diptyque Grindhouse de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez]. Il nous a encouragés à en faire un court métrage. »

Le but ? Soumettre ledit court métrage à un concours organisé par les producteurs du film anthologique The ABCs of Death, qui avaient sciemment laissé vacante la lettre T. Et les trois complices de réaliser dans l’urgence T Is for Turbo.

« On a remporté le vote du public, mais le jury nous a classés seconds, relate François Simard. C’est passé à un cheveu. On était vraiment découragés. Et puis, on a été contactés par un des producteurs, Ant Timpson, qui est basé en Nouvelle-Zélande. Il avait adoré notre proposition et se demandait si on souhaitait en tirer un long métrage. »

« On a reçu son courriel le lendemain de l’annonce du résultat du concours, se souvient Anouk Whissell. C’était aussiinattendu qu’excitant. On a écrit le scénario de Turbo Kid au cours des trois semaines suivantes. »

« Le temps pressait, parce qu’on voulait que le projet soit prêt pour la première édition de Frontières, le marché de la coproduction instauré par Fantasia », précise François Simard.

Nuances de pastiche

C’est lors de cet événement que les RKSS ont fait la connaissance de la productrice Anne-Marie Gélinas, d’Ema Films (Rebelle). Ne restait qu’à trouver des comédiens capables de saisir les différentes nuances d’un pastiche que ne renierait pas Mel Brooks.

À ce chapitre, François Simard garde un souvenir impérissable de la première rencontre du trio avec Michael Ironside, acteur culte de Scanners et Total Recall, dont la présence connotative ajoute une strate satirique à Turbo Kid.

« C’était lors d’une fête organisée par le Festival du film de Toronto. On a repéré Michael tous les trois et on s’est mis à s’exciter en se disant que ce serait un rêve de l’avoir pour Zeus. Anne-Marie nous a entendus. Elle n’a fait ni une ni deux et elle nous a plantés devant lui en lui disant qu’on avait un rôle pour lui. On a fait notrepitch et il nous a dit, l’air grave : “Écoutez, les enfants, ça semble génial, mais je me suis converti ; je suis un ‘born-again Christian’ et j’ai renoncé aux scènes violentes.” On était catastrophés. Puis, il a éclaté de rire en nous disant qu’il se foutait de notre gueule et de lui envoyer sans faute notre scénario. »

« Le scénario fait foi de tout, confie Michael Ironside. Évidemment, la possibilité de jouer à la limite de la caricature le type de personnages que j’ai interprété mille fois était tentante. Et pour être parfaitement honnête, la passion de François, Anouk et Yoann-Karl m’a d’emblée séduit. Après avoir lu le scénario, je leur ai proposé certaines idées par rapport au personnage de Zeus. Ils en ont retenu plusieurs et en ont écarté d’autres, chaque fois avec d’excellents arguments. L’esprit de collaboration qu’ils ont tout de suite manifesté a achevé de me convaincre. »

Laurence Leboeuf, qui déclenche souvent l’hilarité dans le rôle d’Apple avec son air perpétuellement ahuri, a pour sa part été contactée de manière fort originale.

« J’étais en plein tournage de la série Trauma quand le costumier Éric Poirier m’a parlé de ce projet complètement fou et tripant dans lequel il s’apprêtait à embarquer, explique la ravissante actrice. Ça a tout de suite piqué ma curiosité et c’est là qu’il m’a montré une photo du personnage d’Apple, que François [Simard] avait imaginée en y mettant mon visage. L’effet était parfait et en me voyant dans le costume, dans le personnage, j’ai dit oui sur-le-champ. J’aime la science-fiction, et en plus, ce film-là me permettait de jouer dans un registre comique avec lequel je n’étais pas du tout familière. C’est épuisant d’être drôle, soit dit en passant, mais combien l’fun ! »

Repéré dans la série Degrassi : la nouvelle génération, Munro Chambers, un tout jeune acteur qui a commencé dans le métier à 8 ans, a quant à lui décroché le rôle-titre.

Une carrière qui décolle

Bien soutenue, la coproduction a rapidement été financée.

« Le processus a été très rapide, c’est vrai, convient Yoann-Karl Whissell. Mais en réalité, ça faisait dix ans qu’on essayait de tourner un premier long métrage. »

« Dix ans de refus, abonde François Simard. En 2004, notre court métrage Le bagman a connu beaucoup de succès et a été traduit, puis distribué sur le marché européen. On était certains de pouvoir réaliser un long, après ça. Il ne s’est rien passé. Autrement dit, ç’a été rapide, oui et non. »

Or, depuis que leur premier long métrage a entamé sa vie festivalière — un peu plus de six mois —, François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell sont sollicités de toutes parts. Au moment de l’entrevue, l’encre de leurs signatures séchait à peine d’un contrat établi pour un second projet. Un troisième était en bonne voie de trouver preneur.

Bref, c’est à vitesse grand V que leur carrière dans le long métrage semble vouloir démarrer. En cela, le titre Turbo Kid leur aura porté chance à plus d’un égard.

«Turbo Kid» a connu une mise au monde à l’image de son intrigue, c’est-à-dire joyeusement rocambolesque.