Mauvais karma

Studieux, appliqué, l’ensemble du film «Le cadeau» manque d’organicité.
Photo: Films Séville Studieux, appliqué, l’ensemble du film «Le cadeau» manque d’organicité.

On fait la connaissance de Simon et Robyn alors qu’ils visitent une maison sise dans les collines de Los Angeles. Tout de verre et de lumière constituée, la propriété est splendide et, on s’en doute, onéreuse. À l’évidence, Simon a les moyens : nouvel emploi, et cetera. Et Robyn ? Un regard lointain suffit à transmettre un sentiment d’aliénation latent, une tristesse larvée. Un jour qu’ils sont occupés à faire des emplettes, un type étrange vient se présenter à eux : Gordon. Il se trouve que Simon et lui ont été à l’école ensemble, autrefois. Graduellement, les zones d’ombres que le couple modèle se dissimule à lui-même sont mises au jour, puis exacerbées par les visites impromptues et les cadeaux insistants de Gordon, dont la présence non sollicitée devient vite inquiétante.

Mi-original, mi-banal, le suspense Le cadeau évoque maints films (Harry, un ami qui vous veut du bien, Le bébé de Rosemary, et même Suspects de convenance, en clin d’oeil à la fin) à mesure que se déploie une intrigue aux ramifications psychologiques certes intéressantes, mais trop souvent télégraphiées. En plusieurs occasions, le spectateur a une longueur d’avance sur les personnages quant au prochain développement. Trahissant une minutie évidente, la construction du récit laisse deviner ses rouages.

Par exemple, on se doute d’office que les deux hommes ont un vieux contentieux en souffrance. Or, le scénario s’ingénie à semer des fausses pistes plus ou moins efficaces afin de retarder au maximum l’inévitable révélation. L’impatience menace alors de l’emporter sur l’angoisse.

Implacable logique

 

Studieux, appliqué, l’ensemble manque d’organicité. Tout cela, cet agencement dramatique, apparaît trop manifestement conçu pour accommoder les différents impératifs du dernier acte. Lequel, en l’occurrence, satisfait, avec un ultime retournement qui, encore une fois, à défaut de déjouer les attentes, s’impose comme un châtiment d’une implacable logique.

Le principal atout du film tient à l’interprétation crédible et nuancée de Rebecca Hall (Vicky Cristina Barcelona, La maison des ombres), qui, paradoxalement, se voit impartir la partition la moins dense sur papier.

En mari égocentrique et pas franchement sympathique, Jason Bateman défend le genre de rôle qu’il a campé mille fois en comédie (Gros mots, C’est ici que l’on se quitte). L’acteur Joel Edgerton (Guerriers, Exodus), dont c’est le premier film en tant que réalisateur, compose quant à lui un antagoniste envers qui le niveau de sympathie fluctuera selon que l’on s’identifie ou non à son traumatisme.

Contrairement au film, on tâchera ici de ne pas éventer la surprise.

Le cadeau (V.F. de The Gift)

★★★

États-Unis– Australie, 2015, 108 minutes. Réalisation : Joel Edgerton. Avec Rebecca Hall, Jason Bateman, J. Edgerton.