Le carnaval des animaux, version pâte à modeler

«Shaun the Sheep» multiplie les références et autres cocasseries.
Photo: Remstar «Shaun the Sheep» multiplie les références et autres cocasseries.

Avec Shaun the Sheep Movie, les studios anglais Aardman auraient-ils retrouvé leur touche magique ? Après Flushed Away et The Pirates !, deux demi-réussites, les artisans de ce petit royaume de l’animation en stop motion renouent avec une vivacité créative semblable à celle de Wallace Gromit — The Curse of the Were-Rabbit et Chicken Run.

Mark Burton et Richard Starzak, deux vieux routiers de l’animation portant pour la première fois le chapeau de réalisateur, ont d’abord joué de prudence avec les aventures de ce troupeau de moutons ravissant petits et grands depuis 20 ans à la télévision. La transition se révèle parfaitement réussie, respectant d’abord la merveilleuse consigne du silence, ce qui n’exclut jamais une trame sonore somptueuse sur le plan musical, ainsi qu’une variété infinie de bêlements, d’onomatopées et autres complaintes pouvant se rapprocher du langage des ados (et pas juste les plus blasés).

Tout démarre sur l’obsession de Shaun et de ses semblables de se libérer momentanément d’un quotidien campagnard routinier. Leurs tentatives pour immobiliser leur bon berger vont se solder par une cavalcade vers la grande ville (le profil lointain de Los Angeles, l’esprit architectural de Londres), là où le paysan perdra la mémoire après une mauvaise chute, devenant tout à coup un as des ciseaux, ceux d’un coiffeur dont le style ferait frémir de bonheur les branchés de tout acabit. Ce statut de vedette et sa condition médicale privent alors Shaun et ses amis de leur bienveillant protecteur.

Il faut bien sûr ajouter à cela un ennemi tapi dans l’ombre, employé de fourrière déterminé à ne laisser aucun animal en paix et en liberté, forçant le troupeau à des trésors d’imagination pour se camoufler, un brillant subterfuge narratif où les moutons se transforment en citadins aux dimensions disproportionnées. Et ce n’est pas le seul ressort comique, les deux cinéastes injectant à chaque plan clins d’oeil, références et autres cocasseries burlesques, l’absence de dialogues devenant ici une force étonnante d’inventivité. Les plus jeunes ne saisiront pas les jolis plagiats à Cape Fear ou The Night of the Hunter, mais ne rateront rien d’un récit à la fois simple et trépidant, un éblouissement visuel qui tranche avec la dictature coutumière du numérique.

Shaun the Sheep Movie (v.f. : Shaun le mouton)

★★★★

Grande-Bretagne, 2015, 85 min. Film d’animation de Mark Burton et Richard Starzak.