Réserves amérindiennes: le périple d’Antigone

La programmation cinématographique du festival est variée, comprenant des films d’ici, mais aussi d’Amérique du Sud et d’autres pays.
Photo: Andréanne Lemire La programmation cinématographique du festival est variée, comprenant des films d’ici, mais aussi d’Amérique du Sud et d’autres pays.

C’est l’histoire d’Antigone, une jeune femme qui affronte son oncle Créon, le roi corrompu. Une histoire universelle, en somme, mais qui a créé tout un tollé dans les réserves cries de la Saskatchewan. Le Festival Présence autochtone, qui bat son plein depuis mercredi, présente en effet Antigone, le documentaire, portant sur l’adaptation de la pièce de théâtre de Sophocle par Floyd Favel. Cette pièce a été initialement présentée dans la réserve de Poundmaker, mais les représentations ont fini par être interdites dans toutes les réserves autochtones de la région.

« Cela faisait longtemps que je songeais à adapter une tragédie grecque » à la réalité autochtone, explique Floyd Favel, le producteur et le metteur en scène initial de la pièce, qui sera à Montréal samedi dans le cadre du festival. « Je cherchais quelque chose d’universel, et non de culturellement spécifique », dit-il.

Il demande donc à Deanne Kasokeo, une avocate crie qui vient de la même réserve que lui, d’adapter le célèbre classique de Sophocle. « J’ai été ostracisée autour de toute cette question de corruption », raconte celle-ci dans le documentaire présenté au festival.

En effet, alors que la pièce allait être présentée pour la première fois dans la réserve crie, le chef de bande de Poundmaker, Duane Antoine, décide de l’interdire.

Au départ, les raisons de cette interdiction n’étaient pas claires. Plusieurs personnes dans la réserve allèguent qu’Antoine est corrompu, reconnaît Floyd Favel en entrevue. Le chef et son conseil ont en effet fait face à 40 chefs d’accusation pour fraude et autres méfaits l’année de la présentation d’Antigone. Favel lui-même avait posé sa candidature comme chef en 2008. Deanne Kasokeo est quant à elle la nièce de Duane Antoine, et a d’ailleurs participé à son élection en tant que conseillère.

« Mais ma position dans tout ça est vraiment celle de l’artiste, et non du politicien, poursuit Favel en entrevue. Je crois que la corruption existe partout. Il faut voir à quel degré. »

L’Antigone autochtone n’était cependant pas au bout de ses peines. Après avoir été bannie de différentes salles de spectacles des réserves, l’équipe s’apprêtait à tourner le documentaire sur la pièce. Mais le chef de la réserve de Red Pheasant, qui devait participer au financement du film, décide de retirer son appui parce qu’il dit « se reconnaître dans le personnage de Créon ».

Ironiquement, c’est finalement une compagnie pétrolière qui est devenue coproductrice du film et qui a permis sa réalisation.

Le film, signé Matt Keay, fera donc sa grande première mondiale à Présence autochtone, le samedi 1er août, à la salle Jean-Claude Lauzon de l’UQAM.

D’autres films au festival

Le festival s’est pour sa part ouvert mercredi soir avec la projection de Circus Without Borders, un documentaire sur les expériences communes de la compagnie de cirque inuite Artcirque, et de celle, guinéenne, de Kalabanté.

Mais le programme cinématographique du festival ne s’arrête pas là, loin de là. La programmation y couvre autant « les péripéties amoureuses de jeunes Mohawks émancipées » (Mohawk Girls, épisode 13, Tracey Deer) qu’un documentaire historique sur un événement qui a décimé la communauté inuite de Pond Inlet en 1943 (Nallua, Christian Mathieu Fournier).

Comme Tracey Deer, Alanis Obomsawin y est en nomination pour son film Ruse ou traité ?, sorti en 2014. Susan Avingaq et Marie-Hélène Cousineau le sont aussi pour leur documentaire Sol, sur le décès d’un jeune inuit dans une cellule de la GRC.

C’est sans parler, bien sûr, du spectacle gratuit de Richard Desjardins et Florent Vollant, qui risque d’attirer beaucoup de monde sur la place des Festivals, vendredi soir, et de toute une programmation très variée qui se déploiera jusqu’au 5 août.

Un colloque est prévu le 6 août, sur le thème des Médias et arts autochtones : de l’apartheid à l’hypersensibilité, avec Bruno Cornellier et André Dudemaine.

De jeudi à dimanche, les amateurs pourront goûter à de la nourriture de rue façon autochtone, sur la place des Festivals. Au menu : des sandwichs au bison, des hot-dogs de wapiti et de bison, des épis de maïs grillé et du kombucha.

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