Le match de la vie

«Southpaw» est un drame sportif qui repose sur les robustes épaules de Jake Gyllenhaal.
Photo: Films Séville «Southpaw» est un drame sportif qui repose sur les robustes épaules de Jake Gyllenhaal.

Un autre film sur la boxe ? Le genre n’a rien d’ennuyeux, aligne les grandes réussites (Rocky, Raging Bull, Million Dollar Baby), mais qui peut se vanter de le réinventer ? Antoine Fuqua (Training Days, King Arthur) ne fait pas office de poids lourd avec Southpaw, un drame reposant sur les robustes épaules de Jake Gyllenhaal, acteur dont la dévotion ne faiblit jamais, même devant les cinéastes les moins inspirés.

Il en prend plein la gueule dans cette histoire de rédemption, les revers de fortune s’abattant sur Billy Hope (le nom de famille fait déjà le bonheur des sémiologues…) à la vitesse d’un uppercut, de même que les retours en force. Car rarement a-t-on vu champion s’écrouler aussi vite, voir tous ses biens saisis par le premier huissier venu, sombrer dans l’alcoolisme, perdre la garde de sa fille adorée, et revenir dans les lignes majeures en moins de temps qu’il en fallait à Stallone pour crier « Adrian ! ». Cette déchéance est provoquée par la mort tragique de son épouse (Rachel McAdams, un petit rôle en apparence anecdotique) lors d’une altercation musclée avec un rival aux allures de voyou, et sa sortie des bas-fonds sera orchestrée par un entraîneur fuyant le bling-bling du monde de la boxe (Forest Whitaker, d’un calme olympien, une posture souvent éprouvée).

Dans les câbles

Avec ses allures de conte moral, par ailleurs nullement inspiré d’une quelconque histoire vraie, Southpaw célèbre le courage d’un autodidacte s’élevant au-dessus de la mêlée avec un bagage intellectuel limité. Il suffit d’admirer la démesure de son château new-yorkais pour saisir l’ampleur abyssale de ses carences… Sa disgrâce n’en est que plus spectaculaire, rendant ainsi mémorable son retour en force, même si la mécanique mise en place par le scénariste Kurt Sutter (créateur de la série musclée Sons of Anarchy) relève de la formule miracle.

En fait, ce sont lors des scènes de combat qu’Antoine Fuqua semble prendre un réel plaisir de cinéma, observant sous tous les angles un acteur intense et studieux, usant aussi de tous les artifices visuels. Or, les meilleurs films sur la boxe peuvent aussi nous séduire loin des câbles, hors du ring. Southpaw ne figure pas dans cette catégorie.

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Southpaw (V.F. : Le gaucher)

États-Unis, 2015, 124 minutes. Drame sportif d’Antoine Fuqua. Avec Jake Gyllenhaal, Rachel McAdams, Forest Whitaker, Naomie Harris.