Secrets de famille

La distribution est bigarrée, avec Laurent Lafitte, charmant en tombeur un brin flétri; Vincent Macaigne, désarmant en grand timide; et Ludivine Sagnier, impeccable en sœurette pleine de surprises.
Photo: Kazak Productions La distribution est bigarrée, avec Laurent Lafitte, charmant en tombeur un brin flétri; Vincent Macaigne, désarmant en grand timide; et Ludivine Sagnier, impeccable en sœurette pleine de surprises.

Deux frères que tout sépare se réunissent à l’occasion de l’enterrement de leur père, avec qui ils étaient en froid. Mais voilà qu’en arrivant dans l’hôtel décati ayant appartenu au défunt, ils découvrent, dubitatifs, une demi-soeur dont ils ignoraient l’existence. Dès lors, le mystère s’installe à demeure, à l’instar de l’improbable trio.

Si les disparités entre les personnages alimentent une partie de la comédie qu’est Tristesse Club, celle-ci repose toutefois davantage sur le ton, inusité, que sur les situations, volontiers déroutantes. Eneffet, le charme particulier de ce premier long métrage indépendant signé Vincent Mariette n’émane pas tant de moments forts disséminés çà et là que de l’ensemble, qui maintient un équilibre étonnant entre réalisme dégagé et surréalisme furtif.

Un néo-Blier ?

À cet égard, plusieurs critiques français ont évoqué, à juste titre, une filiation avec le cinéma de Bertrand Blier (Les valseuses, Préparez vos mouchoirs). C’est le cas, certes, mais Mariette s’impose néanmoins d’emblée comme un auteur « qui s’appartient », en cela que son film embrasse ses influences sans pour autant en être l’esclave. Voilà qui suggère une forte personnalité artistique, puisque c’est souvent lors d’un second, voire d’un troisième film qu’un cinéaste s’affranchit, s’il y parvient.

Une impression qui se confirme devant l’interprétation d’une belle homogénéité que le réalisateur et scénariste tire de sa distribution bigarrée, avec Laurent Lafitte (Elle l’adore), charmant en tombeur un brin flétri ; Vincent Macaigne (Eden), désarmant en grand timide ; et Ludivine Sagnier (La fille coupée en deux), impeccable en soeurette pleine de surprises.

Au final, Vincent Mariette propose un long métrage « mélancomique », pour reprendre la formule des Inrocks, adroitement construit, qui se déploie en une suite de séquences conçues comme autant de petits films autonomes, avec amorce, montée et chute, mais qui, aufinal, forment un tout cohésif. Et irrésistiblement décalé.

Tristesse Club

★★★ 1/2

France, 2014, 90 minutes. Film de Vincent Mariette avec Laurent Lafitte, Vincent Macaigne, Ludivine Sagnier, Noémie Lvovsky.