Les gros malaises

Les personnages d'Ego Trip sont tous plus caricaturaux les uns que les autres.
Photo: Séville Les personnages d'Ego Trip sont tous plus caricaturaux les uns que les autres.

Deux jours avant que de petites créatures jaunes envahissent nos écrans, alors que des superhéros, des dinosaures et une furieuse impératrice font encore courir les foules, voici que débarque en salle la comédie québécoise Ego Trip. Coiffera-t-elle au sommet du box-office d’ici ce gentil film de nonnes éprises de musique qui a tant ravi le public ? Parions que des exploitants de salle seraient prêts à faire la danse de la pluie afin que ce premier long métrage de l’auteur humoristique Benoît Pelletier y parvienne.

Ses indices d’écoute en chute libre, un animateur de talk-show arrogant (Patrick Huard, rompu à ce genre de partition) se voit contraint par son agent (Antoine Bertrand) de devenir le porte-parole d’une ONG oeuvrant en Haïti afin de redorer son image. L’accompagneront sur les lieux du séisme de 2010 une agente de communication qui twitte à tous les vents (Marie-Ève Milot), un photographe près de ses émotions (Guy Jodoin) et un chanteur scotché à son portable (Gardy Fury).

Scénariste associé aux succès d’Émile Gaudreault (De père en flic, Le sens de l’humour), Benoît Pelletier n’aurait sans doute pas mieux trouvé comme partenaire que François Avard, l’homme derrière la brillante série satirique Les Bougon, c’est aussi ça la vie, avec qui il partage une profonde affection pour Haïti. Si ces deux-là font crouler de rire le public depuis des années par la voix d’un grand nombre d’humoristes (de Claudine Mercier à Martin Matte), imaginez le malaise qu’Ego Trip provoque avec son lot de clichés embarrassants sur le mal-être nord-américain et la résilience du peuple haïtien, ses blagues à saveur scatologique qu’on étire jusqu’à l’écoeurement et ses personnages tous plus caricaturaux les uns que les autres.

Certes, le tout fait décrocher quelques rires, grâce aux acteurs qui n’ont pas peur du ridicule, et suscite même par endroits quelques émotions, le douloureux souvenir du séisme n’étant pas si lointain. Cela ne suffit cependant pas à faire oublier cette enfilade de scènes tombant dans la facilité et la vulgarité que la réalisation impersonnelle aux images peu inspirées ne relève guère. La comédie de l’été ? Si c’est le cas, on a déjà hâte à l’automne.

Ego Trip

★★

Canada (Québec), 2015, 105 minutes. Comédie de Benoît Pelletier. Avec Patrick Huard, Antoine Bertrand, Marie-Ève Milot, Guy Jodoin, Gardy Fury, Sandrine Bisson et Kako.