Humour humanitaire

François Avard et Benoît Pelletier racontent l’histoire d’un homme nanti confronté à un peuple résilient.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir François Avard et Benoît Pelletier racontent l’histoire d’un homme nanti confronté à un peuple résilient.

Forts de leur implication en Haïti, le scénariste François Avard et le réalisateur Benoît Pelletier signent Ego Trip, une comédie sociale où ils se moquent allègrement du mal de vivre nord-américain face à la misère du tiers-monde.

Animateur de talk-show arrogant et blasé, Marc Morin (Patrick Huard) ne trône plus au sommet des cotes d’écoute. Alors que le diffuseur menace de retirer son émission des ondes, Morin se rend, contraint par son agent (Antoine Bertrand), en Haïti afin de redorer son image en devenant porte-parole d’une ONG québécoise. Il aura pour partenaires de route une agente de communication ne pensant qu’en 140 caractères (Marie-Ève Milot), un photographe intense (Guy Jodoin) et un chanteur wannabe accro aux égoportraits (Gardy Fury).

Cette histoire d’homme nanti au bord de la crise de nerfs confronté à un peuple résilient, François Avard (Les Bougon, c’est aussi ça la vie !) l’a puisée au fond de lui-même alors qu’il revenait, dans un état mental précaire, d’un voyage humanitaire en Haïti, peu après le séisme de janvier 2010. « Pour moi, c’était une comédie dès le départ, avoue-t-il. Je voulais exagérer les traits des gens avec qui je faisais ce fameux voyage, le repli sur son nombril du personnage principal — qui était moi dans ma propre petite misère. C’est un peu comme si Marc Morin, six mois plus tard, revoyait comment il était à son arrivée, ce ne pouvait donc qu’être risible. Au départ, Marc devait être écrivain, mais au Québec, les écrivains, on s’en câlice ! »

Scripteur pour humoristes depuis une quinzaine d’années, coscénariste du Sens de l’humour d’Émile Gaudreault (coproducteur d’Ego Trip), Benoît Pelletier a été repêché par la productrice Denise Robert en raison de son implication comme formateur d’humoristes en Haïti — au grand bonheur d’Avard. Contrairement à Patrick Huard, touché par le potentiel dramatique du scénario, Pelletier en a d’abord vu la dimension comique.

Avec un fond de culotte


« La scène nous apprend le timing comique, explique-t-il. J’ai essayé de retrouver cette musique comique en étant le plus authentique possible afin que chaque personnage ait sa vérité. Ma préoccupation, c’était de recueillir le plus grand nombre de rires ; grâce à François, j’ai eu la chance d’avoir une comédie avec un fond de culotte, qui dit socialement et personnellement quelque chose. Le défi, c’était de naviguer à travers la misère et d’arriver à faire rire les gens tandis que le personnage principal trouve sa rédemption. »

Bien que Benoît Pelletier louera le talent de François Avard au cours de l’entretien, il laissera tout de même tomber cette réflexion qui fera presque tomber le second de son siège : « Ça me fait de la peine de le dire, mais l’image est plus importante que les mots au cinéma, où un regard en dit plus souvent qu’une longue réplique. J’ai appris qu’il fallait doser les deux. Je crois que mon expérience de réalisateur fera de moi un meilleur scénariste. »

Rompu à l’écriture télévisuelle, Avard s’en est inspiré pour prendre le virage cinématographique : « Cette histoire-là, je l’ai vue comme un film en partant. On est une génération d’auteurs de punch liners pour la scène, mais on a oublié l’écriture de gags visuels. Pour Ego Trip, il fallait sortir du liner pour aller vers la situation. Pour moi, Les beaux malaises a été une bonne école de gags visuels. »

S’ils évoquent une douloureuse gestation de neuf mois pour Ego Trip, l’aventure se clôt pourtant dans le bonheur : « Le récit aurait pu se passer dans un autre endroit du monde où il y aurait eu une famine ou un tsunami, avance Avard. Les membres de la communauté haïtienne sont devenus des frères, des amis, et je trouve ça l’fun qu’on se rende là-bas avec eux dans l’humour et l’émotion. »

« Les gens me disent avoir ri et été touchés à l’écoute d’Ego Trip. À la sortie du film, un jeune homme m’a dit qu’il voulait s’impliquer. C’est ce que j’appelle un bienfait collatéral du film : je ne m’y attendais pas et ça me fait vraiment plaisir », conclut Pelletier.

Ego Trip prendra l’affiche le 8 juillet.