Montréal fait de l’effet

«Le monde jurassique», dernière mouture de la série de films lancée par Steven Spielberg, a bénéficié du travail d’effets spéciaux réalisés à Montréal.
Photo: Universal Pictures Amblin Entertainment AP «Le monde jurassique», dernière mouture de la série de films lancée par Steven Spielberg, a bénéficié du travail d’effets spéciaux réalisés à Montréal.

Ils contribuent, plus que jamais, à ce qu’opère « la magie du cinéma ». Surtout dans les superproductions, mais pas que. Que ce soit pour embellir un paysage ou retirer de l’image un détail anachronique dans un film d’époque, la gamme des effets spéciaux réalisables à présent est pour ainsi dire infinie.

En plein essor, cette industrie n’a jamais été aussi sollicitée, tant par les « blockbusters » de superhéros que par des séries télé grand luxe comme Le trône de fer. Véritable pépinière de talents en la matière, Montréal s’est imposée comme un haut lieu de conception. Présentée les 10 et 11 juin dans le cadre du Printemps numérique, le congrès international d’affaires Effects MTL est la premier du genre sur la côte est américaine. Quelque 800 participants sont attendus au Centre Mont-Royal.

« J’étais directrice de la Grappe audiovisuelle au Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (le BCTQ, qui représente 300 entreprises) pendant la période où le gouvernement provincial se remettait en question par rapport aux crédits d’impôt pour les tournages audiovisuels [coupés puis rétablis], explique l’organisatrice d’Effects MTL Marine Lelièvre, qui cumule une vingtaine d’années d’expérience dans le domaine du numérique. En travaillant sur ce dossier, j’ai consulté l’industrie pas mal, et j’ai constaté que le Québec est le quatrième pôle au monde en effets visuels. C’est énorme. »

Des succès à la tonne

De fait, au Québec seulement, l’industrie des effets visuels (désignée par l’acronyme VFX) génère bon an mal an des contrats dépassant les 100 millions de dollars. De 1500 à 2000 emplois, si l’on tient compte du volet animation, en découlent. En 2014, des effets spéciaux incorporés à 35 grosses machines hollywoodiennes comme X-Men et Hunger Games ont été créés ici. Le gigasuccès printanier Avengers : l’ère d’Ultron met également en avant des effets visuels conçus et exécutés chez nous. À l’instar de la très populaire série de HBO Le trône de fer. Et, prochainement, du Monde jurassique.

« Les retombées sont positives et l’une des préoccupations d’Effects MTL est de le démontrer au gouvernement afin qu’il juge de la pertinence de soutenir l’industrie », note à cet égard Marine Lelièvre. Et qu’en est-il du reste du mandat que s’est donné le congrès ?

 

« Les objectifs sont multiples et participent d’une vision à long terme, mais le but ultime est de fédérer l’industrie, poursuit Marine Lelièvre. On veut contribuer au rayonnement des créateurs québécois et s’inscrire comme un soutien pour l’industrie, comme un outil pour celle-ci. On souhaite que le développement et la croissance d’Effects MTL s’accordent aux besoins de l’industrie. Il y aura un salon de l’emploi pour donner aux studios l’occasion de recruter. Il y aura des formations, des rencontres entre producteurs, des conférences, quatre par heure en l’occurrence, simultanément. Les gros joueurs — tant aux niveaux local qu’international — ont répondu à l’appel et le contenu est de qualité. Ça augure vraiment bien. »

Plus qu’un « effet de mode »

Pour peu que le passé immédiat soit garant de l’avenir proche, l’industrie des effets spéciaux a encore de très belles années devant elle. Même que les plus fastes sont probablement encore à venir. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les chiffres du box-office mondial, largement dominé par Hollywood. D’Avatar aux Gardiens de la galaxie en passant par les Avengers et les Transformers, ce qui fonctionne le plus auprès du public, tout ce qui fonctionne le plus, nécessite l’apport soutenu d’effets spéciaux. Des effets spéciaux, de surcroît, de plus en plus sophistiqués.

Et tous ces films, pour n’en nommer qu’une poignée, auront des suites : c’est confirmé, voire tourné dans certains cas. Ajoutez l’aréopage de superhéros encore disponibles que comptent les écuries Marvel et DC Comics et l’appétit apparemment insatiable des spectateurs pour leurs aventures…

Une logique identique s’applique à des succès animés avérés comme Frozen ou annoncés comme Sens dessus dessous, qui sont après tout des créations « pur numérique ».

« On parle beaucoup des grosses boîtes de productions d’ici, mais il y en a plusieurs petites, dont une à Québec, où ça bouge. Souvent, chacun possède sa spécialité, et un événement comme Effects MTL peut entre autres permettre de provoquer des collaborations pour faire venir des superproductions additionnelles. L’industrie des effets visuels, pour toute son effervescence actuelle, ne dispose pas de tels moments de rencontre pour échanger. Chacun est trop occupé. Mais justement, en mettant annuellement Effects MTL à l’agenda… »

Le train des effets visuels est en marche, et il n’est pas près de s’arrêter. Montréal en constitue déjà l’un des wagons de tête. Le but avoué d’Effects MTL est de transformer la métropole en locomotive.

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L’industrie des effets visuels génère bon an mal an des contrats dépassant les 100 millions de dollars et emploie de 1500 à 2000 personnes, si l’on tient compte du volet animation.


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