Cinéma - Un film sur la radicalisation des jeunes Tibétains en exil

Dharamsala, Inde — La cause des Tibétains est le plus souvent associée au combat pacifiste du dalaï-lama, mais un film tourné par un des rares metteurs en scène de la communauté montre une radicalisation de la jeunesse contre le contrôle de la Chine sur le Tibet.

Le film intitulé We're No Monks (Nous ne sommes pas des moines) dépeint de jeunes Tibétains persuadés qu'ils passeront leur vie pour la plupart à Dharamsala, la ville indienne où le dalaï-lama et des milliers d'autres exilés se sont établis depuis plus de 40 ans.

L'un d'eux est séparé de sa femme, l'autre n'a pas de travail et songe à émigrer aux États-Unis.

Mais Pasang, qui vient de fuir le Tibet, est différent. Il prône la confrontation avec la Chine et s'oppose à la complaisance des exilés.

Par vengeance ou pour obtenir la libération de Tibétains emprisonnés par Pékin, il projette de s'attaquer à un responsable chinois en visite en Inde ou à enlever des diplomates chinois.

Le film est réalisé par Pema Dhondup, un Tibétain de Dharamsala qui a appris son métier de cinéaste aux États-Unis, à la University of Southern California de Los Angeles.

«J'ai essayé de montrer où leur lutte pour la liberté peut mener les jeunes Tibétains en exil. La jeunesse tibétaine commence à se sentir trompée par les trahisons chinoises et ils veulent passer à quelque chose de plus extrême», explique le cinéaste.

Le film tranche avec le discours du dalaï-lama, le chef spirituel des Tibétains, qui a fui Lhassa en 1959 après l'échec d'un soulèvement contre la domination chinoise.

Le religieux, âgé de 68 ans, Prix Nobel de la paix, revendique une autonomie réelle pour le Tibet, qui a un statut de «Région autonome» à l'intérieur de la Chine populaire, mais pas l'indépendance. Il condamne le recours à la violence et prône le dialogue au lieu de la haine.

Mais en dépit de la permission donnée à deux délégations du dalaï-lama de se rendre en Chine depuis 2002, les militants accusent la Chine qui dirige le Tibet depuis 1951 d'annihiler l'identité du territoire par la répression politique et la migration de Chinois de l'ethnie Han majoritaire.

Les Tibétains ont déjà eu la tentation de la violence après la prise de contrôle du plateau himalayen par la Chine. La CIA avait aidé une petite guérilla opérant depuis la région du Mustang, au Népal.

Mais les États-Unis ont abandonné leur soutien après leur rapprochement avec Pékin et la reconnaissance de la Chine. En 1974, le dalaï-lama avait appelé la guérilla à cesser.

Dhondup, dont le film sera diffusé en Inde en février, puis peut-être aux États-Unis, dit avoir voulu exposer un point de vue plutôt que de faire une oeuvre militante.

«Que se passera-t-il si cela devient la réalité. Je ne pense pas que quiconque veuille une pagaille pareille. Il est temps que le monde commence à prêter attention à la question avant que cela prenne la tournure de ce que les Tibétains n'avaient pas imaginé faire.»

We're No Monks est un des rares films sur le Tibet réalisés par des Tibétains. La plupart des acteurs sont des amateurs, par souci d'authenticité, dit le réalisateur.