Jean-Claude Labrecque et la trajectoire collective

Son film RIN prend l'affiche à Ex-Centris avant de se voir diffuser à Télé-Québec. Jean-Claude Labrecque remonte à travers lui le cours du Rassemblement pour l'indépendance nationale, tumultueux parti qui, de 1960 à 1968, flamba chez nous comme un feu de paille.

Jean-Claude Labrecque aura participé activement à graver sur pellicule la petite histoire du Québec. Sa caméra de cinéaste, en fiction ou en documentaire, s'est retrouvée derrière son film sur la visite du général de Gaulle lançant son célèbre «Vive le Québec libre!», sur La Nuit de la poésie. Il a ressuscité à l'écran l'affaire Coffin, la vie du musicien André Mathieu, l'aventure des Compagnons de Saint-Laurent, et bien d'autres épisodes et visages de notre trajectoire collective.

«C'est mon petit côté archiviste, confesse-t-il. Je suis né à Québec et, dans cette ville, les traces de l'histoire sont partout et nous donnent envie de plonger dans le passé. Rien de plus fascinant que de parler avec des gens qui connaissent l'histoire. Que je fasse un film sur de Gaulle, sur Félix Leclerc, sur Claude Léveillée, sur La Nuit de la poésie, je parle d'une façon ou d'une autre d'enracinement.»

Quand on lui a proposé de remonter le cours de l'histoire du RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale), il a sauté dans le train. Michel Martin, qui travaille à la Cinémathèque québécoise, spécialisé dans l'histoire du RIN, déblaya la voie. Marcel et Monique Simard, des Productions Virage, ont suivi.

Le RIN a vécu de 1960 à 1968, premier parti souverainiste au Québec avec à sa proue les André D'Allemagne, Pierre Bourgault, Andrée Ferretti, qui se disputaient à qui mieux mieux et ruaient dans les brancards de leur société.

«Je croyais connaître le RIN, explique Jean-Claude Labrecque, mais c'est en travaillant sur ce film que j'ai vraiment appris son histoire. Quand Pierre Bourgault explique ce qui s'est passé lors du Samedi de la matraque, les détails sont vérifiables en archives. Mais les scènes d'époque tournées pour les bulletins de nouvelles n'en donnaient qu'un mince aperçu. On a dû revisiter ces archives.»

«Il y a un fonds du RIN à la Bibliothèque nationale: la documentation écrite, les affiches, les macarons, etc. Radio-Canada et TVA conservaient de leur côté leurs archives tournées en 16 mm.» Le cinéaste a utilisé des chutes de son film sur la visite du général de Gaulle. Des extraits de documentaires français et américains furent mis également à contribution.

«En parallèle, on restitue les années 60, une période délirante. L'équipe du film avait été très active au cours de ces années-là, Monique Simard, moi, tous les autres. Notre monteur, Yves Chaput, était présent dans les manifestations gardées en archives dont il faisait le montage. Il disait: "Je dois être dans ce groupe-là au coin de la rue."»

Plutôt que de multiplier les interviews, Jean-Claude Labrecque a décidé de limiter les entretiens contemporains à Pierre Bourgault, André D'Allemagne, Andrée Ferretti, en les mêlant aux documents d'époque.

«Au tout début du projet, on est allés voir André D'Allemagne pour tâter le terrain de futures entrevues, explique Jean-Claude Labrecque. Atteint d'un cancer du foie, il nous a annoncé n'avoir que quelques mois à vivre. La semaine suivante, nous étions chez lui, passant quatre jours à tourner une longue conversation, sans savoir si le film pourrait se faire. Mon regret fut de ne pas l'avoir mieux connu auparavant. Il avait voulu regrouper des gens qui réfléchissaient sur des problèmes et événements de société. Il disait des choses passionnantes.»

André D'Allemagne, mort avant la fin du film, n'a pas vu RIN, mais Jean-Claude Labrecque dit admirer Pierre Bourgault et Andrée Ferretti pour le regard généreux qu'ils ont posé sur le film. «Ce n'est pas toujours facile de se voir 35 ans plus tard. Ils se chicanaient tellement entre eux à l'époque. Dans le film, on a évité de trop plonger dans le terrible conflit qui opposait Pierre Bourgault et René Lévesque, politiquement aux extrêmes.»

«Se plonger dans l'histoire du RIN, c'est comprendre que le rendez-vous national est derrière nous. Cette période-là est terminée», conclut le cinéaste.