007 peut se rhabiller

Au final, Espionne est le film d’une seule actrice, Melissa McCarthy, muse du réalisateur Paul Feig.
Photo: 20th Century Fox Au final, Espionne est le film d’une seule actrice, Melissa McCarthy, muse du réalisateur Paul Feig.

Susan Cooper est agente secrète pour la CIA. Chaque jour amène son lot de pays exotiques, de secrets d’État, de bagarres et d’évasions in extremis. Mais tout cela est l’apanage exclusif de son partenaire, le suave Bradley Fine, sur qui veille la première, assise devant un ordinateur dans un sous-sol de « l’Agence ». Peu sûre d’elle et constamment rabaissée par ses collègues masculins, Susan gâche son potentiel en vivant par procuration.

Mais voilà que la liste des agents « actifs » tombe aux mains d’une dangereuse marchande d’armes bulgare qui s’apprête à vendre un dispositif nucléaire à un terroriste russe par l’entremise d’un play-boy italien. Sortie de sa cave, ses faux passeports en poche (ouf !), voilà Susan prête à pulvériser le proverbial plafond de verre.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. En effet, sous ses dehors débonnaires, la plus récente comédie de Paul Feig propose un commentaire cinglant sur la culture machiste qui prévaut toujours dans un genre dont 007 demeure le plus illustre représentant. Pour mémoire, la précédente satire du réalisateur et scénariste, Un duo d’enfer, faisait de même — avec une patte plus lourde — avec le film policier et son obsession pour les tandems virils. Entendu, Feig ne donne pas dans le film à thèse. L’humour qu’il préconise est burlesque, voire potache, mais indéniablement efficace.

En fait, son message progressiste passe par l’action et, plus précisément, par celles, et non plus ceux, qui la mènent. Sus au super-vilain : place à la super-vilaine. Tasse-toi, James Bond : voilà l’agente Susan Cooper, alias Carol Jenkins, alias Penny Morgan, alias Amber Valentine… En périphérie, ces messieurs, sbires ou alliés, s’agitent et s’enfargent à présent que ces dames refusent d’être confinées aux rôles de potiches.

Plaisir contagieux

Bien entendu, l’enseignement ne doit pas se faire au détriment du divertissement, production hollywoodienne oblige. Or, on rit ferme tout du long, et souvent à gorge déployée. La distribution au grand complet a un plaisir évident, et ledit plaisir est contagieux. Vedette de films d’action pur sucre, Jason Statham (Crinqué, Le transporteur) se révèle particulièrement drôle dans un contre-emploi satirique. À l’instar de Rose Byrne (Les voisins), impayable en reine du crime dont les coiffures défient la gravité et l’accent, l’entendement.

Au final, cependant, Espionne est le film d’une seule actrice. Melissa McCarthy (Bridesmaids), muse de Paul Feig, est désopilante en agente secrète promue sur le terrain après 10 ans passés derrière un ordinateur. Il y a quelque chose de vivifiant à voir la très ronde et très en verve comédienne — la dernière qu’on imagine évoluer dans un univers qui tient encore beaucoup à ses stéréotypes féminins — jouer une héroïne qui, dans un premier temps, se secoue en manifestant son ambition et qui, dans un second temps, assume cette ambition, qui elle est, et ce qu’elle est.

Son parcours émancipatoire est aussi hilarant qu’inspirant.

Espionne (V.F. de Spy)

★★★ 1/2

Réalisation : Paul Feig. Avec Melissa McCarthy, Miranda Hart, Rose Byrne, Jason Statham, Allison Janney, Jude Law. États-Unis, 2015, 120 minutes.