Cinéma - L'enthousiasme des commencements

Rarement formation politique à la vie si brève aura eu un impact aussi important sur les orientations du Québec sans qu'on ait retenu grand-chose de son histoire. Né en 1960, le RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale) mourut de sa belle mort en 1968 après avoir conféré une légitimité à l'idée d'un Québec souverain. Le PQ portera plus haut le flambeau de la cause en rameutant davantage de suffrages, mais les espoirs du début, les rêves de jeunesse de ce projet d'indépendance étaient inscrits dans l'oeuf du RIN.

Jean-Claude Labrecque est un cinéaste qui a toujours croisé le parcours de notre histoire. Avec Le RIN, il ressuscite une époque, les tumultueuses années 60, ainsi qu'un mouvement porté par un élan collectif extraordinaire. Force documents d'archives font revivre le fougueux Pierre Bourgault de jeunesse, le tribun qui enflammait les foules et pouvait d'un mot attiser une flamme ou freiner l'élan de ses troupes. À ses côtés, Andrée Ferretti mais aussi André d'Allemagne et Guy Pouliot, les croisés de la première heure à la tête du RIN, apparaissent à l'écran, comme les autres joueurs de l'échiquier politique de l'époque: Jean Lesage, Daniel Johnson, René Lévesque, Trudeau aussi, qu'une certaine émeute lors d'un défilé de la Saint-Jean-Baptiste vint ébranler.

Querelles internes, affrontements avec le parti naissant de René Lévesque, ralliement derrière le «Vive le Québec libre!» du général de Gaulle: la brève histoire du RIN est aussi marquée par l'apparition du FLQ sur le terrain de l'action plus radicale. Mais c'est la naissance du Parti québécois qui poussera le RIN à se saborder lui-même en 1968 pour ne pas nuire à la cause de l'indépendance en multipliant les bannières.

Ce sont cet enthousiasme des commencements, cette énergie juvénile qui renaissent à travers le documentaire si vivant de Labrecque. Outre les images d'archives qui permettent la vraie remontée du temps, le documentariste a multiplié les récentes entrevues avec Bourgault et Ferretti, bien sûr, mais aussi avec André d'Allemagne, décédé depuis, entretiens qui éclairent grandement leur parcours d'antan. Le regard rétrospectif des anciens du RIN gagne une lucidité au passage des années mais perd la fougue et l'illusion des premiers engagements dans leur Québec d'alors qui brûlait d'accéder à la lumière. Voir ce film aujourd'hui alors que les flammes souverainistes paraissent si faibles suscite une sorte de mélancolie.

Comme le résumait Pierre Bourgault en 2000: «À travers toutes ces années, j'ai compris une chose: il faut rêver, il faut rêver toujours. Il faut surtout rester fidèle à ses rêves de jeunesse. Ce sont les seuls.»