Le sexe en 3D

Il y eut force frustrations festivalières mercredi à minuit et jeudi midi tout autant. La faune journalistique se ruait sur les projections du film Love de Gaspar Noé. Irréversible du cinéaste français, avec viol-spectacle mais orchestration solide, avait en 2002 déjà semé l’émoi.

Love était annoncé comme le morceau sulfureux du cru 2015, porno en 3D, pensez donc ! Et que je te pile sur les pieds pour y assister. On est entrés dans la salle, alors que de nombreux refoulés grondaient. Effet de cohue désiré !

En donnant à une histoire d’amour une forte dimension sexuelle — louable proposition dans nos sociétés puritaines —, Gaspar Noé n’innove pas vraiment. Abdellatif Kechiche avait arpenté ces chemins-là avec autrement de talent dans La vie d’Adèle, mais Love contribue à démystifier le romantisme désincarné. Sauf que ça ne lève pas, pour ainsi dire.

Des acteurs inconnus, singulièrement peu inspirants (Karl Glusman, Aomi Muyock et Klara Kristin) s’ébattent ensemble ou avec d’autres. Au départ avec une légèreté érotique, vite émoussée. Le héros est un Américain dans un Paris où l’on n’entend pas trois phrases de français : personnage de droite, sexiste, homophobe et tête à claques dont les affres sentimentales laissent de glace.

Ici, les lunettes du 3D créent un rapprochement, mais permettent surtout de se faire éjaculer dessus en effet projeté et d’entrer dans un vagin. Voilà pour les performances du relief ! Peu de dialogues, beaucoup de séances de baise hard sans sensualité, jetées là en vrac, à défaut de structure narrative ; ça roule à vide. Love, précédé d’une opération marketing musclée, tombe à plat comme un pétard très mouillé.

De beauté et d’ennui

Vu en compétition : The Assassin, premier film d’arts martiaux du grand styliste chinois Hou Hsiao-Hsien (Three Times, Le maître de marionnettes, etc.). Dans une action située au IXe siècle, ce film met en scène une princesse vengeresse (sublime Shu Qi), devenue tueuse au sabre à gages, qui doit tuer son cousin adoré.

Rien de plus parfait techniquement que cette oeuvre contemplative, où les combats chorégraphiés deviennent accessoires, et où tout est prétexte à beauté pure. Les costumes et les décors sont fabuleux, tout comme les paysages de montagnes embrumées. The Assassin compose une série de tableaux musicaux qui émerveillent. Pas de place pour un scénario ni même pour le jeu des acteurs trop engoncés dans leurs costumes. Si bien qu’à l’éblouissement succède l’ennui.

«Bleu tonnerre »

À la Quinzaine des réalisateurs, on a vu le court métrage Bleu tonnerre des Québécois Jean-Marc E. Roy et Philippe-David Gagné. Fenêtre sur la région du Saguenay, avec une caméra qui nous balade à travers ses paysages, ses clubs, ses cafés, Bleu tonnerre donne la vedette au musicien Danny Placard, lequel a composé avec les cinéastes la musique du film. Sandrine Bisson, Isabelle Blais et Louis Champagne lui partagent l’affiche dans l’histoire d’un homme retrouvant une passion de jeunesse pour la lutte, après s’être fait larguer par sa blonde. Le traitement, avec plusieurs scènes chantées, séduit, mais le scénario paraît bien faible et les causes de la rédemption du héros, mal élucidées.

Les twitts qui tuent

Le quotidien Libération s’est fait écho d’une rumeur voulant que les huiles du Festival de Cannes songent à modifier dans les éditions futures l’horaire des projections de presse. On visionne les films avant les séances officielles de gala, ce qui nous permet d’en témoigner dans le journal du jour J. Mais les nouvelles technologies changent la donne. Même avant la fin des projections, des critiques filent aux toilettes écrire leurs impressions sur Twitter. Ça crée un effet d’émulation. Ici, certains films ont été accueillis si férocement que les tapis rouges ressemblaient à des cimetières pour artistes assassinés à la tronche défaite. Bref, Cannes, sous pressions de l’industrie, songerait à reculer l’échéance des condamnations critiques en 140 caractères, ou plus si affinités.