Bilan - Cinéma 2003 : le Québec a pris sa place

Les films québécois ont récolté entre 12 et 13 % des parts de marché au cours de l'année qui vient de s'écouler (source: Alex Films). Du jamais vu. Les causes de ce succès sont multiples et complexes. Pour simplifier, disons qu'il est attribuable à la convergence de deux facteurs, l'un structurel (la mise en marché des films, hissée à la hauteur de la concurrence), l'autre contextuel (la qualité de l'ensemble de la production). Au-delà de cette hypothèse incomplète, il faut prendre en compte le désir renouvelé des spectateurs québécois de se reconnaître dans l'image qui lui est donnée à voir à l'heure où la globalisation efface les cadres.

Rien d'étonnant, donc, à ce que la «palme de la reconnaissance» revienne à La Grande Séduction. Avec le scénariste Ken Scott, Jean-François Pouliot a conjugué des préoccupations bien de chez nous (le chômage et l'appauvrissement des régions) sur un mode «comédie à l'anglaise» parfaitement maîtrisé.

La «palme de l'ambassadeur» revient quant à elle à Denys Arcand pour Les Invasions barbares, applaudi partout sur la planète depuis l'épicentre cannois où le jury de la compétition lui a accordé deux prix (celui du scénario et celui de l'interprétation pour Marie-Josée Croze).

La «palme de la parole»

Le film d'Arcand a lui aussi fait courir les Québécois (cinq millions de dollars au guichet), mais le vrai débat de société qu'on espérait qu'il soulève est venu d'un autre film: À hauteur d'homme, excellent documentaire sur la campagne électorale de Bernard Landry signé Jean-Claude Labrecque. À lui la «palme de la parole», en partage avec Claude Fortin (pour la parole donnée à Serge Laprade dans 100 % Bio) et Micheline Lanctôt (pour la parole refoulée d'une mère infanticide dans Le Piège d'Issoudun).

Le reste de la cuvée s'est partagé entre les films de genre (Sur le seuil, d'Éric Tessier; Nez rouge, d'Érik Canuel; Mambo Italiano, d'Émile Gaudreault; Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause, de Sébastien Rose), «palmes du coeur» aux vertus inégales, et deux grands films d'auteur aux succès plus modestes, qui remportent ex aequo la «palme de l'éloquence»: Louis Bélanger avec Gaz Bar Blues, film émouvant sur les relations père-fils, et Bernard Émond avec 20h17 rue Darling, une oeuvre sobre sur la renaissance et les sursauts de la providence. Quels meilleurs mots pour qualifier le cinéma québécois de la cuvée 2003!
1 commentaire
  • Suzanne Grenier - Abonnée 3 janvier 2004 19 h 42

    Et la face cachée de la lune?

    Bonjour.

    J'ai effectivement beaucoup apprécié le cinéma québécois cette année. Personnellement, je trouve que le film de Robert Lepage, La Face cachée de la lune, aurait dû être mentionné. Idem pour Québec Montréal qui, même s'il est de la cuvée de l'an dernier, a connu son succès cette année il me semble.