Le déclin de la comédie britannique

La comédie britannique a la cote depuis une dizaine d'années (Four Weddings and A Funeral, The Full Monty), quoique récemment certains cas d'errance semblaient annoncer un déclin. L'exemple le plus flamboyant de ce phénomène: Love, Actually, sorti en novembre, pour lequel Richard Curtis réquisitionnait toute une galerie de vedettes (Hugh Grant en tête) afin de compiler les meilleures pages du catalogue Notting Hill et Bridget Jones. Dans Calendar Girls, Nigel Cole (Saving Grace) malmène pour sa part une idée suave dont il est indigne et une distribution scintillante — portée par Helen Mirren et Julie Walters — dont il n'exploite que le quart du potentiel. Déclin,

disais-je.

Calendar Girls s'inspire d'une histoire véridique. En effet, en 1999, un cercle de fermières du Yorkshire, en Grande-Bretagne, s'est attiré l'attention du monde anglo-saxon en publiant un calendrier dans lequel douze d'entre elles posaient nues, leurs corps de quinquagénaires délicatement estompés, qui derrière un ornement floral, qui derrière une tablée de brioches. Leur but premier: financer le département d'oncologie de l'hôpital où le mari de l'une d'elles a été emporté par la leucémie. Leur but second: rendre hommage au débonnaire défunt, pour qui le corps d'une femme mûre avait la grâce d'un tournesol. Publié dans un climat de joie et de défi, leur calendrier les a menées jusqu'en Californie, où Hollywood leur a fait la cour... avec le résultat qu'on connaît.

Le film, qui bat pavillon britannique, a en effet été produit en collaboration avec Touchstone, filiale de Disney. Ceci, hélas, explique cela. Tiraillé entre l'authenticité des personnages (qui à eux seuls feraient le film) et le caractère extraordinaire de leur aventure (recomposé par le scénario sans être réinventé pour le cinéma), le film de Nigel Cole sacrifie l'un pour l'autre, selon la séquence, et au final perd sur les deux tableaux.

Une bonne idée sabotée

Sorte d'éloge de la femme mûre, qui à son tour fait un pied de nez aux conventions et aux traditions, le film est continuellement asservi puis saboté par un scénario superficiel qui reconstitue docilement leur histoire mais, pour le bénéfice du spectacle et du gag bien envoyé, ne rend pas compte de la profondeur des individus qui l'ont articulée.

Nigel Cole s'y connaît en femmes mûres, en serres humides et en campagne anglaise. Celles-ci étaient les ingrédients de son précédent opus, Saving Grace, un film (mettant en vedette Brenda Blethyn, au sortir du succès de Secrets and Lies) qui semblait conçu, à l'instar de celui-ci, comme une page touristico-comique pour un public nord-américain. Hélas, au-delà d'une poignée de gags efficaces et de moments tièdes, d'éclats de jeu sporadiques (dévolus pour la plupart à Mirren et Walters), Calendar Girls témoigne surtout de l'usure d'un style et d'une panne d'imagination. Inutile, en tout cas, de marquer d'une croix votre calendrier.