À voir à la télévision le samedi 3 janvier - La guerre des mondes (de la drogue)

Plus percutant et palpitant qu'un rapport de sénateurs éclairés allant à contre-courant des esprits conservateurs prônant inutilement la méthode forte, Trafic, de Steven Soderbergh, illustre la faillite de la guerre menée contre les cartels de la drogue. Tant et aussi longtemps qu'il y aura des gens (des pays riches) pour en consommer, quelqu'un (des pays pauvres) se fera un plaisir, contre rétribution, de lui en fournir...

Adapté d'une minisérie britannique où l'on suivait le parcours de l'héroïne des régions reculées du Pakistan aux ruelles de Londres, Trafic présente le va-et-vient de la cocaïne entre le Mexique et les États-Unis, montrant des personnages de toutes les couches de la société, de toutes les origines et de toutes les allégeances impliqués dans cette lutte. Ils en subissent les outrages ou en récoltent les bénéfices.

Le récit ne souligne pas à gros traits les liens directs qui pourraient unir un policier de Tijuana (remarquable Benicio Del Toro) à un politicien de Washington (Michael Douglas), surtout si celui-ci, pétri de grands principes, découvre que sa fille est toxicomane. Ces figures, ces lieux — marqués par des filtres de couleur afin de bien les distinguer les uns des autres — s'entremêlent pour ne former qu'une grande toile où la cocaïne passe à travers toutes les mailles. Il existe d'ailleurs une curieuse égalité entre les gardiens de la loi, les délateurs, les dealers et les bonnes bourgeoises (Catherine Zeta-Jones) inconscientes de l'origine des richesses de leur tendre époux...

Dans la carrière de Soderbergh, après l'euphorie provoquée par Sex, Lies and Videotape (1989), la traversée du désert fut longue avant de renouer avec le succès. En l'espace de trois ans, il réalisait, sans aucun répit, ses plus grands films (Out of Sight, The Limey, Ocean's Eleven) et marquait l'an 2000 avec, coup sur coup, Erin Brockovich et cet époustouflant Trafic, souvent comparé avec The French Connection mais portant toutes les contradictions, et les drames, de notre époque.