Des pelles et des couilles

Benoît Poelvoorde et Roschdy Zem dans «La rançon de la gloire», un film souffrant d’un sérieux manque de rythme.
Photo: Métropole Films Benoît Poelvoorde et Roschdy Zem dans «La rançon de la gloire», un film souffrant d’un sérieux manque de rythme.

Il fallait un sacré culot à Xavier Beauvois pour signer une comédie, un genre pour lequel il n’avait aucune inclinaison particulière comme acteur, et encore moins comme cinéaste (Nord, Le petit lieutenant), surtout après ce triomphe sublime nommé Des hommes et des dieux. Évidemment, on peut comprendre son besoin de rigoler après avoir évoqué avec autant de délicatesse le drame de ces moines victimes des terroristes islamiques dans l’Algérie déchirée des années 1990.

Il s’inspire également du réel, et d’un fait divers, dans La rançon de la gloire, variation d’un kidnapping absurde, celui du cercueil de Charlie Chaplin peu de temps après sa mort, le 25 décembre 1977 en Suisse, par deux immigrants d’Europe de l’Est croyant ainsi faire fortune. L’anecdote recèle un potentiel comique infini, et permet de rendre hommage au créateur de Charlot, la mascotte des damnés de la terre, et à son génie de cinéaste, parmi les plus marquants du XXe siècle.

Tout cela se retrouve dans ce film, même si cette cavalcade prend d’inévitables libertés avec la réalité, question de composer aussi avec les diktats de la coproduction. Ici, l’un des deux paumés est d’origine belge, l’autre franco-algérienne, le tout sur fond de chic décor suisse. En marge de cette richesse, Osman (Roschdy Zem, faisant profil bas) prend soin de sa fille dans une vieille bicoque, recueillant son ami Eddy (Benoît Poelvoorde, rarement dans la nuance) à sa sortie de prison, rêveur cabotin croyant que de voler la dépouille de Chaplin sera un véritable passeport pour la liberté, et de l’argent facile. Rien, évidemment, ne se passe comme prévu, l’affaire déclenchant hilarité et malaises, donnant des maux de tête à la famille Chaplin, et plus particulièrement à leur dévoué majordome (Peter Coyote, sur une seule note).

Cette aventure en apparence totalement absurde n’est jamais abordée d’une manière énergique et burlesque par Xavier Beauvois. Comme s’il cherchait à reproduire surtout la mélancolie des déshérités qui peuplent les films de Chaplin, un parti pris souligné à gros traits avec ses références au cirque (Chiara Mastroianni y fait trois petits tours, pur gaspillage), ainsi qu’une musique assommante et envahissante signée Michel Legrand, se superposant parfois à celle du réalisateur des Feux de la rampe. Même ses farouches admirateurs savent à quel point il aurait eu tout intérêt à trouver son Bernard Hermann ou son Georges Delerue plutôt que de s’acharner à jouer (aussi) au compositeur.

Tout cela ne fait que plomber un film souffrant d’un sérieux manque de rythme, Beauvois observant des situations supposément cocasses avec une lenteur désespérante, la sortie de terre du cercueil se déroulant quasiment en temps réel… Cinéaste sensible et inspiré, il n’a pas hésité ici à se mettre en danger, célébrant l’absolutisme de deux paumés croyant qu’avec des pelles et des couilles, on peut se construire une vie meilleure. Bravo pour l’effort, mais pour les éclats de rire… Mais que Xavier Beauvois se console : Chaplin a aussi réalisé La comtesse de Hong-Kong, preuve que tous ont droit à l’erreur, même les génies.

La rançon de la gloire

★★ 1/2

France-Belgique-Suisse, 2014, 114 min. Comédie dramatique de Xavier Beauvois. Avec Benoît Poelvoorde, Roschdy Zem, Séli Gmach, Chiara Mastroianni.