Le collectif Kino: des jeunes qui se font leur cinéma

Ottawa - Le septième art, qu'il soit américain, français, fantaisiste ou de type documentaire, est souvent synonyme de gros budgets, de grandes vedettes et de grands moyens, soit très peu accessible au commun des mortels. Mais voilà que l'arrivée des caméras numériques et autres logiciels de montage en a quelque peu redéfini les règles.

On savait que le cinéma pouvait être une passion, mais il peut maintenant être aussi un loisir, que l'on partage tous les derniers dimanches du mois.

Le premier collectif Kino (du grec, qui signifie mouvement en français) a vu le jour en 1999, alors qu'un petit groupe de jeunes cinéastes montréalais, frustrés de ne pouvoir pratiquer allègrement leur art, décidaient de prendre en main leur passion. Ils se lancent le défi de présenter un court métrage de leur propre cru chaque mois. De la première projection dans une taverne située rue Papineau aux présentations mensuelles et très courues au cinéma Plaza, le concept Kino s'est répandu aux quatre coins de la province, et aussi loin qu'à Paris, Hambourg, Bruxelles, et maintenant en Outaouais, depuis un an.

Kino compte aujourd'hui plus de 400 jeunes cinéastes qui partagent leur art et leur vision du monde, sans se soucier du financement et de la censure.

«Le concept Kino est bien simple. On fait des courts métrages, appelés "Kinos", de moins de 15 minutes, que l'on présente chaque mois. Et on accepte tout le monde, c'est très démocratique», explique celui qui est derrière la naissance de Kino-Hull, Tristan Arnaud. On ne retrouve pas que des étudiants en cinéma lors des projections de Kino-Hull. «Il y a des gens de tous les âges et de tous les milieux sociaux», précise celui-ci.

Informaticien de métier, cinéaste de coeur, c'est lorsqu'il était à la barre d'une émission radiophonique portant sur le cinéma, sur les ondes de CHUO, que Tristan Arnaud a découvert l'univers de Kino. Avec des collègues aussi passionnés que lui pour la pellicule, il entreprend des démarches pour amener Kino en Outaouais. La première soirée Kino s'est déroulée en avril dernier, au Café-Bistro Le Troquet. Une première soirée qui allait convaincre son fondateur de l'intérêt des gens de l'Outaouais pour le court métrage et le cinéma indépendant. «On disposait d'environ 85 places assises et plus de 150 personnes se sont présentées.»

Les cinéastes en herbe ont ainsi la chance de présenter le fruit de leur labeur à de vrais spectateurs. «Ça nous permet, en tant que cinéaste, de redécouvrir nos créations, d'apercevoir des choses qu'on n'aurait jamais vues autrement, ajoute-t-il. Il y a toutes sortes de courts métrages: de la fiction, des films engagés, de l'animation visuelle. On a même déjà vu de la gravure sur pellicule.»

La formule des soirées Kino est bien simple: l'animateur invite chaque réalisateur à présenter son film et, ensuite, le public devient muet le temps de la projection. Une discussion animée suit généralement celle-ci. «Compte tenu du fait que l'événement ne se tient pas dans une salle de cinéma mais dans un bistro, c'est plus une soirée sociale.»

Les soirées de Kino-Hull ont été victimes de leur propre succès et se voient dans l'obligation de déménager leurs pénates au Cosmo, dont la superficie permettra d'accueillir un plus grand nombre de spectateurs.

Les 10 et 11 décembre, Kino-Hull a accueilli le premier festival du court métrage, «Complètement Kino». Le public a alors pu découvrir des films de membres des collectifs Kino d'un peu partout au Québec et de différents collectifs de cinéastes québécois. Et le groupe compte bien être de la partie lors du prochain Festival du film de l'Outaouais, en présentant, ici, le premier «Kino-Kabaret». Cette activité permet à des membres Kino de devenir, le temps d'un festival, des artistes en résidence. Les participants doivent concevoir des films sur place, et ce, dans un temps limité. «C'est une expérience très intense, où l'on dort peu! C'est comme faire du cinéma instantané et le produit final est souvent très surprenant.»

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