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L’octogénaire Mrey, un des patriarches bunongs.
Photo: Filmoption International L’octogénaire Mrey, un des patriarches bunongs.

En très gros plan, un éléphant essuie une larme au coin de l’oeil avec sa trompe. L’image, d’une beauté saisissante, étreint le coeur. Au Cambodge, dans la province du Mondulkiri, le peuple bunong capture et domestique les éléphants, avec qui ils croient partager la même âme, dans le plus grand respect depuis la nuit des temps. Or, à cause du déboisement sauvage, notamment à la suite de la construction d’une fabrique de caoutchouc, cette tradition ancestrale, laquelle fait les délices des touristes friands de balades à dos de pachydermes, est aujourd’hui en péril.

Superbement mis en image, Les derniers hommes éléphants de Daniel Ferguson (Jérusalem) et Arnaud Bouquet (Mohammed Rewind) s’intéresse au destin de trois Bunongs de trois générations différentes et à leur rapport avec ce mammifère majestueux. Il y a d’abord Mrey, octogénaire dont la maladie, au dire de sa femme, serait due à la colère de l’esprit-éléphant lui reprochant d’avoir capturé trop d’éléphants. Viennent ensuite Duol, ado décrocheur rêvant de devenir cornac (maître-éléphant) afin de soutenir sa famille dans le besoin, puis Mané, militante à la recherche de l’éléphant que son père a été contraint de vendre il y a une dizaine d’années.

Au gré d’un rythme lent et d’un montage fluide, lesquels évoquent la démarche des éléphants et le temps suspendu de ce coin du monde, ce documentaire aux accents poétiques adopte par endroits les allures d’un film de fiction contemplatif relatant un récit intemporel s’inspirant de légendes anciennes. Or, l’histoire que Ferguson et Bouquet racontent est d’une triste réalité et bien ancrée dans l’actualité. Plus encore, comme le suggère la trame sonore, qui apporte ponctuellement un climat de tension, les minutes sont comptées pour cette tradition ancestrale de même que pour la survie du grand animal. Et à travers le combat du peuple bunong pour la préservation de sa culture s’esquisse une émouvante réflexion sur l’avenir de notre planète au cours de laquelle il est malheureusement difficile d’y trouver une lueur d’espoir.

Les derniers hommes éléphants

★★★

Québec-France, 2014, 86 minutes. Documentaire de Daniel Ferguson et Arnaud Bouquet.