Le miroir aux alouettes de l’industrie de la prostitution

En entrevue, Ève Lamont explique qu’elle a voulu dresser un portrait clinique de la prostitution.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir En entrevue, Ève Lamont explique qu’elle a voulu dresser un portrait clinique de la prostitution.

C’est un marché dont on ne voit généralement que la façade : petites annonces ambiguës, silhouettes de femmes clignotant devant des bars de danseuses, réclames sur Internet. Avec le documentaire Le commerce du sexe, Ève Lamont entre résolument dans le monde de la prostitution, un travail qu’elle avait entamé avec son précédent film L’imposture.

Mais alors que L’imposture suivait principalement des femmes ayant fait partie du monde de la prostitution et tentant d’en sortir, Le commerce du sexe ratisse plus large. Il va également à la rencontre de proxénètes repentis, de clients, de tenanciers de bars de danseuses et de producteurs de films pornographiques.

En entrevue, la cinéaste explique qu’elle a voulu dresser un portrait clinique de la prostitution, qui montre froidement les faits. Le film dévoile un milieu où une majorité de femmes travaillent pour un proxénète, et ressortent de la prostitution la plupart du temps endettées. Un milieu où les femmes entrent généralement avant d’avoir atteint leur majorité, donc à un âge où on est particulièrement vulnérables aux prédateurs de tout acabit. Un monde où les femmes font semblant d’avoir du plaisir et où les hommes se font croire qu’ils sont des gentlemen et de très bons amants. Un monde d’illusions qui cache des réalités douloureuses, voire inavouables.

Mais il y a pire. Il y a les proxénètes, qui se servent de leur charme pour embobiner des femmes qui finiront par leur remettre l’essentiel de leurs revenus, et qui passent souvent la journée devant la télévision pendant que des femmes travaillent pour eux. Il y a les abus, comme celui de cet ancien proxénète qui avoue avoir filmé une prostituée au travail à son insu et avoir vendu la vidéo à travers le monde. Il y a la violence qui survient parfois lorsque les femmes ne rapportent pas assez d’argent à leurs proxénètes. Il y a les clients qui en veulent toujours plus et qui sont de plus en plus souvent insatisfaits, comme le raconte cette jeune femme de Montréal qui s’est prostituée à partir de l’âge de 15 ans. Il y a les fellations à 10 dollars et les nuits complètes à 500. Il y a surtout ce gigantesque marché de viande qui circule d’un bout à l’autre de la planète, dont à Montréal, qui se distingue en Amérique du Nord pour la variété et le nombre de ses bars de danseuses et de ses salons de massage.

Ève Lamont ne s’en cache pas, elle est abolitionniste. Durant sa jeunesse tumultueuse, elle a déjà distribué des tracts pour l’Alliance pour la sécurité des prostituées, l’ancêtre de Stella. Avant de saisir la souffrance qui se cache derrière la prostitution, elle en a connu la banalisation. Aujourd’hui, elle fait un simple constat : les femmes n’ont pas de plaisir sexuel lorsqu’elles se prostituent, et « les clients achètent leur consentement ». Comme de nombreuses abolitionnistes, elle valorise le modèle suédois : la décriminalisation des prostituées, mais la criminalisation de leurs clients et de leurs proxénètes. Ève Lamont l’admet : une minorité de prostituées pratiquent librement et de façon indépendante. À l’échelle planétaire, l’ONU estime cependant que 90 % des prostituées sont exploitées par des proxénètes. L’un des tenanciers interrogés dans le film reconnaît d’ailleurs qu’il y a une montée du proxénétisme au Québec.

Lorsque l’on constate que la majorité des prostituées y sont arrivées avant l’âge adulte, on comprend mieux qu’elles se retrouvent rapidement sous l’emprise de quelqu’un qui leur promet mer et monde en échange de leurs services et de leur confiance. Elles sont nombreuses aussi à en avoir payé amèrement le prix.

2 commentaires
  • Andrée Bessette - Inscrite 1 mai 2015 05 h 56

    Merci

    Merci de persévérer et de signer!

    L'exploitation la plus ignominieuse est celle qui fait croire à l'esclave qu'il reste parce qu'il a un bon maitre!

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 1 mai 2015 07 h 21

    Solution définitive

    Amendes salées pour les 2: clients et prostituées ( amende triplée pour le client), première et deuxième, à la troisième , prison ferme et casier judiciaire pour le client avec photo dans les journeaux locaux et provinciaux des contrevenants...
    Quand aux proxénètes, trafiquants de personnes, prison fermes dès la première infraction...
    Quand a la prostitution de mineurs, dont les proxénètes controllent le marché 25 ans en dedans!
    Maintenant aux messieurs qui ont des problémes de controle de leur libido, qu'ils pensent a cette Maxime Québecoise que je trouve Savoureuse:
    Est ce la queue du chien qui fait bouger sa tete ou bien l'inverse?
    Je ne comprend meme pas que des gens puissent meme défendre la prostitution, et croyez moi je ne pretend pas etre prude , mais cela me fend le coeur quand je vois l'état de ces personnes déambulant sur les trottoirs se prostituant, la plupart complètement givrées! Complétement dégeulasse!