Entre rire et nostalgie

Annie Cordy et Mathieu Spinosi dans Les Souvenirs
Photo: Neue Visionen Filmverleih Annie Cordy et Mathieu Spinosi dans Les Souvenirs

Un joli film versant ça et là dans la facilité : Les souvenirs de l’acteur cinéaste français Jean-Paul Rouve (Quand je serai petit) ne réinvente pas la roue, mais joue la note tendre et mélancolique avec fraîcheur. Cette comédie dramatique adaptée d’un roman de David Foenkinos (l’écrivain cinéaste de La délicatesse) est surtout portée par de bons acteurs, dont la grande Annie Cordy, à la vitalité inentamée, ici incarnant une adorable femme âgée, placée dans une maison de retraite qui s’en évade pour retrouver le village normand de son enfance. Dans la peau de son fils immature, tout juste retraité, à côté de ses pompes, Michel Blanc, toujours formidable. Ajoutez le jeune Mathieu Spinosi, au sourire lumineux, charmant de naturel, en petit-fils rêveur et romantique, proche de sa mamie. Chantal Lauby, en épouse qui s’ennuie, se voit offrir moins de territoire pour s’épanouir, mais garde la finesse.

Les souvenirs repose sur une formule classique entre rires et larmes, Rouve nous offre de suaves moments aigres-doux : la complicité de la grand-mère et du petit-fils, l’aveuglement du personnage de Michel Blanc, etc.

Pétri de développements prévisibles, certes, ce film, mais brossant aussi de petits portraits bien ficelés : une directrice de maison de retraite totalement coupée de ses émotions (Audrey Lamy), un jeune colocataire aux gros sabots (William Lebghil, très drôle), un peintre du dimanche charmant de naïveté (Jacques Boudet). Les souvenirs s’appuie sur de solides ressorts comiques.

Sur sa face obscure, il épingle mine de rien des problèmes de société : la retraite d’employés zélés et compétents, la mise au rencart des personnes âgées à qui personne ne demande leur avis sur leur propre sort, la jeunesse flottant entre tous les avenirs possibles. Chevauchant sourires et émotion, avec la nostalgie du temps qui passe sans prévenir, la solidarité intergénérationnelle et le Que reste-t-il de nos amours ? de Trenet, chanté par Julien Doré (version qui irrite ou déride, c’est selon), Les souvenirs évite les pièges de la mièvrerie comme du pathos jusqu’au dénouement feel good movie qui sort hélas ! tous les violons.

V.O. : Quartier latin

Les souvenirs

★★★

France, 2014, 96 minutes. Réalisation de Jean-Paul Rouve. Scénario de Jean-Paul Rouve et David Foenkinos, d’après le roman de David Foenkinos. Avec Annie Cordy, Mathieu Spinosi, Michel Blanc, Chantal Lauby, William Lebghil, Audrey Lamy, Jean-Paul Rouve. Image de Christophe Offenstein. Musique de Alexis Rault. Montage de Christel Dewynter.