Tout projet de fusion avec BAnQ est écarté

Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir

Au lendemain d’une intense assemblée générale extraordinaire à la Cinémathèque québécoise, ce mercredi, la présidente de l’institution en crise, Iolande Cadrin-Rossignol, respirait mieux. Devant Le Devoir, elle affichait sa sérénité d’avoir vu adopter une proposition claire et nette, qu’elle approuve. L’Institution du boulevard de Maisonneuve vole de crise en crise depuis des décennies, mais les dernières semaines furent particulièrement éprouvantes.

Pendant qu’une centaine de manifestants au-dehors étaient venus soutenir la Cinémathèque, en réclamant le maintien de sa mission intégrale, plus de 200 personnes assistaient à cette assemblée, dont une cinquantaine d’employés sans droit de vote. Le quorum, 10 % des membres pour officier, avait été largement dépassé. Les gens inquiets du sort de l’institution, alors que planait un projet de fusion avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), s’étaient massés dans la salle McLaren. Deux tiers des membres réunis, large majorité mais sans consensus, ont décrété après plus de trois heures de discussions que le conseil d’administration pouvait continuer l’examen de toutes les hypothèses permettant à la Cinémathèque québécoise de poursuivre sa mission, « à la condition expresse qu’elles ne mettent pas en péril son existence, son statut légal et sa structure de gouvernance. »

Or cette condition expresse change la donne. « Elle exclut d’office toute possibilité de fusion complète ou d’intégration partielle avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec, précise la directrice de la Cinémathèque. Nous sommes un organisme à but non lucratif. Si on était une société d’État, notre statut légal serait changé, ce qui est désormais exclu. »

Iolande Cadrin-Rossignol rappelle que le syndicat de la Cinémathèque est affilié à la CSN, alors que BAnQ relève de celui de la fonction publique. Le danger que ça vire en foire d’empoigne pointait à l’horizon.

La Cinémathèque québécoise possède à la fois une mission de conservation et d’accessibilité de ses collections (donc de diffusion des oeuvres), deux volets qu’elle entend maintenir en l’état. « La seule avenue envisageable serait des projets conjoints ou des échanges de services avec BAnQ. » Dont acte !

Rendez-vous le 26 mai

Le 26 mai prochain, une nouvelle assemblée extraordinaire de la Cinémathèque sera convoquée, avec proposition différente de pistes parallèles sur lesquelles l’administration planche depuis des mois : « Pour conserver notre identité propre, notre histoire, on court le risque de miser sur une alliance avec le secteur privé et l’appui de mécènes, dit-elle. Ceci impliquera de nouveaux types d’emprunts, et un partenariat avec un ou plusieurs partenaires du Quartier des spectacles. » C’est cette avenue qui sera privilégiée.

« À la précédente assemblée générale d’octobre dernier, comme le ministère de la Culture voulait qu’on examine la possibilité d’intégration totale ou partielle avec BAnQ, le conseil d’administration de la Cinémathèque avait accepté de se pencher sur celle-ci. Plus maintenant. La Cinémathèque, une plus petite organisation que BAnQ, y aurait laissé son autonomie, son identité et son âme. La totalité des employés n’aurait pu être intégrée dans une nouvelle structure. On a travaillé un an et demi avec le ministère de la Culture et des Communications, en cherchant à comprendre où pouvait nous mener cette solution, mais il faut trouver une autre voie. Le ministère était en faveur du maillage, mais dans un contexte d’austérité, il voulait aussi faire des économies. »

La résolution de l’assemblée générale du 7 avril est transmise depuis mercredi matin au ministère de la Culture et des Communications. Iolande Cadrin-Rossignol et son équipe attendent une réponse bientôt. De nouvelles discussions entre l’institution et le pouvoir politique sont prévues ce mois-ci.

« Plusieurs fois au cours de son histoire, l’idée que la Cinémathèque devienne une société d’État a été mise de l’avant par des membres, poursuit la directrice, mais elle fut toujours écartée. On ne coûte pas cher. On génère la moitié de nos revenus. » Le déficit structurel de cette entreprise à but non lucratif, avec un manque à gagner oscillant entre 600 000 $ et 800 000 $ par année, peut à son avis se résorber à travers des ponts avec l’entreprise privée.

Iolande Cadrin-Rossignol admet que son administration a perdu trop longtemps contact avec ses membres, contribuant à instaurer le climat de panique en explosion au long des dernières semaines. « On était trop occupés à chercher des pistes de solution, et on a commis des erreurs. Ça ne se reproduira plus. À l’avenir, le contact sera régulier avec nos membres. Nous avons un gros défi à relever. On a eu un problème de communication depuis plusieurs années et la Cinémathèque ne faisait pas assez parler d’elle. Mais les manifestations, les lettres collectives d’inquiétude face aux fusions possibles, nous ont paradoxalement donné une visibilité. De ce momentum, nous avons intérêt à tirer profit. »