Géographie de l’ailleurs

«Des étoiles» possède une fragilité et une grâce touchantes. 
Photo: Des étoiles «Des étoiles» possède une fragilité et une grâce touchantes. 

Ce film possède une fragilité et une grâce touchantes. Sans prétentions excessives, avec un souci d’effleurer du doigt des moments cocasses, tendres, inquiétants, Des étoiles, triptyque dans trois villes sur autant de continents, Dakar, New York, Turin, entonne à la fois un appel au large et une mise en garde contre le chant des sirènes.

C’est d’exil, de mondialisation et de liberté que parle la Sénégalaise Dyana Gaye avec ces trois histoires habilement entrelacées, évitant les pièges dupittoresque comme du réquisitoire. Une ville ouvre sur une autre ville, un fleuve sur une mer, à travers des musiques populaires italiennes et sénégalaises, des morceaux de jazz aussi, qui créent les ponts entre les segments. Et si le jeu des comédiens est à géométrie variable, les faiblesses s’effacent dans un choeur d’ensemble bien dirigé, avec une caméra vivante et stylée, plusieurs plans-séquences, des environnements dessinés avec justesse.

Entre rues, salons de coiffure et marchés, entre enterrement d’un père et quête d’un mari volage, c’est la vie qui se dessine à petites touches dans l’ailleurs qui échoit à chacun. Trois destins donc : celui de Sophie (Marième Demba Ly, trop statique), qui arrive à Turin pour retrouver un époux envolé ; celui du musicien new-yorkais Thierno (Ralph Amoussou, plein de charisme et d’allant), que sa mère entraîne à Dakar pour enterrer son père et qui découvre une famille, des racines ; celui d’Abdoulaye (Souleymane Seye Ndiaye, sur une seule note sombre), le mari de Sophie, à travers sa vie de misère à New York, qui s’en sort, mais à quel prix…

La cinéaste signe ce premier long métrage après des courts remarqués et livre Des étoiles en trois tons, trois mouvements. Le plus solaire et humoristique se déroule à Dakar, avec les deux veuves sur la tombe du disparu, les jeunes filles en flirt pour sortir du pays, mais aussi l’entraide et la joie de vivre. New York, dans sa marge, ses reniements et ses quais, offre en pâture la face noire de l’exil, et la figure errante d’Abdoulaye trace un parcours aux longs accents de tragédie. Le personnage de Sophie, entre détresses, désillusions, mais aussi portes qu’elle apprend à ouvrir, est celui qui s’enracine sans y avoir rêvé.

Dans les trois cas, par-delà les premiers revers, des mains se tendront pour aider l’exilé. Dyana Gaye refuse l’hypothèse de l’esseulement et offre avec ce film sensible et fin de petites capsules remplies d’espoir.

Des étoiles

★★★

Réalisation : Dyana Gaye. Scénario : Dyana Gaye, Cécile Vargaftig. Avec Ralph Amoussou, Marième Demba Ley, Souleymane Seye Ndiaye. Image : Irina Lubtchansky. Musique : Baptiste Bouquin. Montage : Gwen Mailauran. France-Sénégal, 2013, 88 minutes.