Quand rien ne tient

Photo: Warner Bros Pictures

Dans Rude journée pour la reine, Simone Signoret interprétait une femme de ménage qui se rêvait monarque pour fuir un quotidien morne. Dans L’ascension de Jupiter, Mila Kunis incarne elle aussi une femme de ménage, mais qui, à l’inverse, est une vraie reine qui s’ignore. Et pas n’importe quelle reine : la reine de l’univers, excusez du peu. Pour l’aider à réclamer son trône intergalactique : Caine, un guerrier sans peur et (presque) sans reproche. À leurs trousses : de la parenté lointaine (dans tous les sens du terme) ayant des visées sur ledit trône.

En regardant la nouvelle saga de science-fiction d’Andy et Lana Wachowski (La matrice, Cloud Atlas), on se dit qu’une nouvelle catégorie de films devrait être inventée, à savoir les « films courtepointes ». Prenez un morceau de conte de fées, cousez-le à certaines idées développées dans l’un ou l’autre des volets de la Guerre des étoiles, reprenez vos propres concepts de la trilogie La matrice et ravaudez ceux-ci au reste de l’ouvrage. En guise de fioriture, brodez des motifs shakespeariens. Le résultat : un film rapiécé.

Certes, le procédé, quand on y pense, est presque inhérent à la construction d’un récit de blockbusters, un type particulier de productions devant rejoindre le plus grand nombre. D’où les emprunts à différents schémas narratifs éprouvés. Hollywood 101.

Mais voilà, l’art du blockbuster, car c’en est un, tout mineur soit-il, n’est pas facile à maîtriser. Maints flops viennent périodiquement le rappeler aux grands studios qui, chaque fois, en jumelant un budget colossal (ici, entre 170 et 200 millions de dollars) à des vedettes à la mode (ici, Mila Kunis et Channing Tatum), croyaient pourtant tenir un gros et gras succès.

Qu’en est-il de L’ascension de Jupiter ? Avant même sa sortie — reportée de plus de six mois — les analystes ont tranché. Ainsi, à moins d’un miracle, il est d’ores et déjà acquis que cette coûteuse « extravaganza » ira s’ajouter à la liste infâme des ratages les plus spectaculaires d’Hollywood, à la suite de titres tels Le 13e guerrier, John Carter, 47 ronins, Lone Ranger…

Évidemment, on aurait tort de tout réduire à une vulgaire question d’argent, car, après tout, le cinéma est un art, et majeur, celui-là. Ce qui nous ramène à la question de la construction du récit. « Confus » est un terme trop charitable pour celui que proposent le frère et la soeur cinéastes. Des personnages secondaires apparaissent et disparaissent sans autre forme de suivi ; ceux qui restent passent le plus clair de leur temps à l’écran à expliquer indirectement au spectateur, par dialogues juvéniles interposés, les règles et les enjeux de l’intrigue tarabiscotée. Pis, on repère, un peu partout, les coutures grossières engendrées par un remontage en catastrophe.

Non, rien à faire : sur le plan du fond, L’ascension de Jupiter se montre plus ambitieux qu’habile. Au moins la forme est-elle, et il s’agit d’une constante chez les cinéastes, splendide. Le faste des décors et des costumes n’a en effet d’égal que la magnificence des effets spéciaux.

Bref, cela donne un bien beau film, mais un film qui se désintègre dès qu’on le regarde de près. Comme les morceaux mal piqués d’une courtepointe.

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L’ascension de Jupiter (V.F. de Jupiter Ascending)

★★

Réalisation : Andy et Lana Wachowski. Avec Mila Kunis, Channing Tatum, Eddie Redmayne. États-Unis, 2014, 127 minutes.