Chaud devant!

« Venir aux Rendez-vous, c’est comme faire l’amour à la femme qu’on désire. C’est un des grands plaisirs de l’existence ; un indice délicat, mais néanmoins inéluctable, de l’existence de Dieu », a affirme Marc Labrèche.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir « Venir aux Rendez-vous, c’est comme faire l’amour à la femme qu’on désire. C’est un des grands plaisirs de l’existence ; un indice délicat, mais néanmoins inéluctable, de l’existence de Dieu », a affirme Marc Labrèche.

On grelotte encore au moment de retrouver l’équipe des Rendez-vous du cinéma québécois, mercredi matin, dans l’auditorium de la Grande Bibliothèque. En ce jour de dévoilement de la programmation de la 33e édition, l’ambiance chaleureuse qui règne au-dedans contraste avec la froidure humide qui transit au-dehors. Avec pour thème cette année « Le cinéma d’ici comme si vous l’aviez tricoté », faut-il s’en étonner ?

Tributaire de la qualité de la production de l’année écoulée, la programmation des RVCQ, beau cru aidant, se révèle particulièrement attrayante cette édition-ci. Au menu : quelque 350 oeuvres, dont 44 longs métrages de fiction, 40 longs métrages de documentaire, de même que 179 courts métrages en tous genres, le tout, ventilé du 19 au 28 février.

On l’a d’ores et déjà annoncé, c’est au film Les loups, de Sophie Deraspe (dont le documentaire Le profil Amina sera également présenté), que reviennent les honneurs de l’ouverture. Campée dans l’univers des chasseurs de phoque, l’intrigue oppose Evelyne Brochu en étrangère curieuse et Louise Portal en matriarche qui veille. Devant les paysages gris-blanc des îles de la Madeleine filmées en pleine fonte des glaces, on enfilera une petite laine. Le 19 février à 19 h  à l’Impérial.

En clôture, on aura droit au très attendu Chorus, de François Delisle, sélectionné à Sundance et Berlin et qui, après son splendide Le météore, revient à une veine plus narrative, mais tous aussi recherchée sur le plan esthétique. Fanny Mallette et Sébastien Ricard y jouent un couple désuni par un deuil latent. Geneviève Bujold incarne la mère de la première. Le 28 février à 19 h  au Quartier latin.

Autres premières qu’on a hâte de découvrir : le drame Autrui, de Micheline Lanctôt, dans lequel Robin Aubert interprète un sans-abri recueilli presque à son corps défendant par une jeune femme idéaliste mais un peu perdue, et Sur les traces de Maria Chapdelaine, de Jean-Claude Labrecque, qui revient sur la première adaptation du classique de Louis Hémon que signa le Français Julien Duvivier (Le petit monde de don Camillo), avec Jean Gabin dans le rôle de François Paradis.

Pour l’occasion, hommages seront rendus à M. Labrecque, auteur d’oeuvres phares comme La nuit de la poésie 27 mars 1970 et Les smattes.

Événements spéciaux

En tout, une trentaine d’activités spéciales seront proposées en marge des différentes projections. Parmi celles-ci, les leçons de cinéma, récurrentes aux RVCQ, seront incontournables en 2015. Se succéderont donc, toujours sur la scène du bistro officiel aménagé à la Cinémathèque, toujours à 19 h 30, les Marc Labrèche (24 février), Denis Côté (25 février), Xavier Dolan (26 février) et Jean-Marc Vallée (27 février).

De retour pour une deuxième édition, la projection-spectacle extérieure gratuite Le Elvis Gratton Picture Show, inspirée par la formule développée autour du film culte The Rocky Horror Picture Show, a bénéficié de peaufinage et d’ajouts, dont celui d’un permis d’alcool. On promet en outre un « pluss gros garâge » et « d’la pastâ dental en masse ». Le 28 février dès 22 h à la place Émilie-Gamelin. Ça, ce sera un cas de grosse laine.

Sur Labrèche

Après s’être inquiété à voix haute, à l’instar du directeur des RVCQ, Dominique Dugas, d’éventuelles répercussions néfastes de cette indicible — puisqu’on ne saurait la nommer — austérité ambiante sur le cinéma québécois, Marc Labrèche a enchaîné sur une note plus légère avec un numéro désopilant dans ce registre absurde dont il a le secret.

Désormais un documentariste lapon d’origines (!) mais Québécois de coeur, une manière décalée, peut-être, d’illustrer l’incroyable rayonnement du cinéma d’ici à l’étranger, le porte-parole de la 33e édition a ainsi livré une lettre d’amour insolite à ladite cinématographie, aux Québécoises en général (!!) et aux abeilles en particulier (!!!).

« Vous êtes privilégiés d’avoir chaque année ces Rendez-vous à portée de main sous la neige montréalaise […] Venir aux Rendez-vous, c’est comme faire l’amour à la femme qu’on désire. C’est un des grands plaisirs de l’existence ; un indice délicat, mais néanmoins inéluctable, de l’existence de Dieu », a conclu, en verve, un Marc Labrèche enflammé.

Si cela ne suffit pas à vous donner chaud…