D’amour et de transgression

Alexandre Laferrière (à gauche), coscénariste de longue date du cinéaste Maxime Giroux (au centre), et le comédien Martin Dubreuil.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Alexandre Laferrière (à gauche), coscénariste de longue date du cinéaste Maxime Giroux (au centre), et le comédien Martin Dubreuil.

C’était en 2014, au mois de février. Intrigué, on était allé rencontrer l’équipe d’un film intitulé Félix et Meira, alors en plein tournage dans le Mile-End, à Montréal. Deux aspects, en particulier, permettaient d’anticiper une visite de plateau intéressante. D’une part, il s’agissait du nouveau long métrage de Maxime Giroux, un jeune auteur d’ores et déjà doté d’une griffe (voir Demain et Jo pour Jonathan). D’autre part, le sujet — l’idylle entre une juive hassidique mariée et un Québécois francophone athée — valait à lui seul le déplacement. Alors que, presque un an plus tard, Félix et Meira s’apprête à prendre l’affiche le 30 janvier, on a voulu boucler la boucle avec les artisans du film.

« Ç’a été une aventure », concède d’office Maxime Giroux, dont l’attitude détendue trahit un certain contentement, justifié en l’occurrence.

De fait, la naissance d’un long métrage est rarement chose simple. Qui plus est lorsqu’il s’agit d’un long métrage indépendant. Et qui plus est, bis, lorsque le sujet dudit long métrage est jugé à la fois délicat et peu rassembleur. Félix et Meira partait avec toutes ces prises contre lui.

À l’époque, le producteur Sylvain Corbeil, de chez Metafilms (boîte à qui l’on doit, entre autres, Mommy et Vic et Flo ont vu un ours), confiait en aparté n’être toujours pas en mesure de boucler son budget alors qu’approchait la dernière semaine de tournage.

« On a eu du mal à être financés, oui, se souvient MaximeGiroux. Il y a eu beaucoup d’obstacles, mais on était convaincus du potentiel du film. À la base, ce sont les années que j’ai passées dans le quartier, à proximité de la communauté hassidique, qui m’ont inspiré l’intrigue. Je voulais connaître ces gens qui semblaient vivre en vase clos », rappelle-t-il.

Est ainsi née une émouvante histoire d’amour, un amour interdit de surcroît.

« Quand Maxime m’a fait part de son idée, j’ai tout de suite pensé qu’on tenait un sujet rassembleur. Pour moi, ça ne faisait pas de doute », affirme Alexandre Laferrière, coscénariste de longue date de Maxime Giroux.

 

« On croyait à la dimension universelle de l’histoire, à sa capacité de toucher le public », renchérit ce dernier.

Une quarantaine de festivals et une flopée de prix plus tard, dont celui du meilleur long métrage canadien au Festival international du film de Toronto, Félix et Meira sortira en France et aux États-Unis après s’être posé dans les salles québécoises. Maxime Giroux a bien raison de rire dans sa barbe.

De la vie d’un acteur

Ironiquement, c’est d’ailleurs cela que Félix et Meira, un drame sentimental subtil empreint d’un certain humour, devait être à l’origine : une franche comédie romantique ponctuée d’observations de moeurs.

« On envisageait un récit très loufoque, relate Alexandre Laferrière. Puis, assez rapidement, la gravité inhérente à la situation de Meira, qui commet une transgression impardonnable aux yeux de sa communauté, nous est apparue trop importante pour qu’on la traite à la légère. »

Ce changement de cap a eu une incidence particulière sur le travail du comédien Martin Dubreuil. « Comme Maxime est un chum, j’étais au courant des développements depuis le tout début, il y a presque quatre ans, explique la vedette des films Le bunker et, prochainement, Don’t Be Evil. J’ai lu les premiers synopsis et tout ça, et à l’origine, Félix, mon personnage, était vraiment dépeint comme un hurluberlu. Dans la version finale, il est pas mal plus tranquille ! »

« Au bout du compte, la principale indication que j’ai donnée à Martin, ç’a été de se rapprocher de ce qu’il est dans la vie, intervient Maxime Giroux. Martin, il possède une gentillesse et une douceur qu’on n’avait pas encore vues au cinéma, et je trouvais que ces qualités-là convenaient parfaitement à Félix. »

« Le plus comique, c’est que tout le monde me dit que le personnage ressort encore comme un excentrique, qu’il est drôle. J’avoue que ça me fait plaisir parce que ça aussi, c’est proche de moi », conclut Martin Dubreuil.

Bref, du producteur aux acteurs en passant par l’équipe technique, tous peuvent se réjouir de s’être ralliés autour de la vision de Maxime Giroux, et ce, malgré de mauvais auspices au départ. Rira bien, comme dirait l’autre. Comédie ou pas.