L’ascension de la superhéroïne

Après sa participation à la franchise des Avengers, la Veuve noire de Scarlett Johansson aura droit à son propre long métrage.
Photo: Disney Après sa participation à la franchise des Avengers, la Veuve noire de Scarlett Johansson aura droit à son propre long métrage.

À première vue, on pourrait craindre que les bonzes d’Hollywood servent aux spectateurs hivernaux les mêmes films, peu ou prou, que l’année précédente à pareille date. De fait, entre films de superhéros et « extravaganzas » à effets spéciaux, on voit — encore — poindre les acteurs aux biceps saillants et les actrices cantonnées aux rôles passifs typiques d’un énième cru conservateur (lire : dénué de prise de risque et fermement campé dans son machisme tranquille). Mais voilà qu’au second coup d’oeil sortent du rang plusieurs héroïnes non seulement équipées pour tenir tête à ces messieurs, mais capables de les battre à leur propre jeu. Il était temps.

Ce nouveau rapport de force est manifeste dans L’ascension de Jupiter (2 février), sur une jeune Terrienne indépendante (Mila Kunis) qui s’avère être la prochaine reine de l’univers. Un être venu d’ailleurs (Channing Tatum, les oreilles pointues) l’aidera à accomplir son destin. À la réalisation, Andy et Lana Wachowski espèrent tenir un succès semblable à La matrice et non un bide comme Cloud Atlas.

Très attendu, Avengers : Age of Ultron (1er mai), de Joss Whedon, réunit pour une seconde fois les superhéros de l’écurie Marvel que sont Iron Man (Robert Downey Jr.), Capitaine America (Chris Evans), Thor (Chris Hemsworth), Hulk (Mark Ruffalo), et surtout, à présent, la Veuve noire (Scarlett Johansson). De fait, après s’être démarquée dans Capitaine America : le soldat de l’hiver, la belle comédienne a connu une année 2014 remarquable grâce à sa performance vocale dans Elle, à son jeu insolite dans Under the Skin, et au succès-surprise de Lucy, un film d’action qu’elle porte sur ses épaules moins frêles qu’il n’y paraît. Bref, force est de le reconnaître, et les studios l’ont compris puisque Johansson aura droit à un film autonome avec l’espionne Veuve noire après avoir interprété l’héroïne du manga Ghost in the Shell. C’est désormais aussi beaucoup pour elle que les spectateurs se déplaceront en masse pour voir Avengers.

Pareillement, forte des 300 millions au box-office de son modeste (coût : 14 millions) mais efficace mélo Nos étoiles contraires, Shailene Woodley poursuit son irrésistible ascension dans le second volet de la saga d’anticipation La série Divergence : Insurgés (20 mars), de Robert Schwentke (R.E.D.). Ici, c’est au garçon (Theo James) de jouer les potiches.

Le bien et le mâle

Évidemment, des relents prégnants de testostérone émanent de certaines productions. C’est le cas de Focus (27 février), un suspense mâtiné de comédie avec lequel Will Smith espère se refaire, le mélange action et humour le servant habituellement bien aux guichets. L’histoire (vraie) d’un baleinier et de son équipage traqués par un cachalot en colère, Au coeur de l’océan (13 mars), avec Chris Hemsworth (alias Thor), ramène le réalisateur Ron Howard à la barre du genre de projets qu’il affectionne, avec à la clé homme(s) dans la tourmente (Apollo 13, Un homme d’exception, Rush, etc.)

Kingsman : Services secrets (13 février), de Matthew Vaughn (Kick-Ass, Stardust), pourrait pour sa part être qualifié de « James Bond Junior », avec son agent secret expérimenté (Colin Firth) qui tente d’enseigner les rudiments du métier à des recrues délinquantes.

Quant au très attendu Cinquante nuances de Grey (13 février), de Sam Taylor-Johnson, le récit a beau être raconté du point de vue d’une ingénue qui découvre les joies du sadomasochisme, nul doute que les regards seront tournés vers ledit M. Grey, surhomme de la couchette.

Des princesses et des sorcières

De la même manière, si l’on en croit la très longue et très détaillée bande-annonce, Cendrillon (V.F. de Cinderella, 13 mars), de Kenneth Branagh, semble satisfait de maintenir son héroïne dans une vision traditionnelle de l’auguste conte plutôt que de réinventer celui-ci, comme le fit l’an dernier Maléfique avec La belle au bois dormant. Lily James interprète la blonde esclave ménagère qu’harasse une méchante belle-mère (sur) jouée par Cate Blanchett. Helena Bonham Carter est la bonne fée marraine.

Autre époque, celle de Louis XIV, construction similaire pour A Little Chaos (27 mars), d’Alan Rickman, où Kate Winslet fait revivre Sabine de Barra qui, partie de rien, se verra confier la conception des jardins de Versailles.

Pas davantage d’audace en vue dans la définition des rôles dans Le septième fils (6 février), une fantaisie moyenâgeuse « tablettée » depuis deux ans dans laquelle Jeff Bridges est un bon sorcier et Julianne Moore, une vilaine sorcière.

En attendant les superproductions estivales (Mad Max, Le monde jurassique, etc.), bon cinéma.

Quelques films complètement différents...

23 janvier : Still Alice de Richard Glatzer et Wash Westmoreland. Julianne Moore a remporté un Golden Globe pour son rôle de quadragénaire qui apprivoise un diagnostic précoce d’alzheimer.

30 janvier : L’année de toutes les violences de J. C. Chandor. Oscar Isaac et Jessica Chastain forment un couple mafieux dans le New York des années 1980.

6 mars : Chappie de Neill Blomkamp. Hugh Jackman et Sigourney Weaver veillent sur le premier robot capable de penser et de ressentir. Du réalisateur de District 9.

20 mars : Boychoir de François Girard. Dustin Hoffman est un maître de chorale pour le réalisateur de 32 films brefs sur Glenn Gould.

24 avril : The Water Diviner de et avec Russell Crowe. Après la bataille de Gallipoli, un homme tente de retrouver ses trois fils. On dit beaucoup de bien de ce long métrage.