La redite du fantôme

Le fantôme de la dame en noir réclame de la chair enfantine pour compenser la perte ancienne de son fils.
Photo: Mediafilm Le fantôme de la dame en noir réclame de la chair enfantine pour compenser la perte ancienne de son fils.

Alors que le premier volet de ce Woman in Black livré en 2012, qui donnait la vedette à Daniel Radcliffe dans une ère post-Harry Potter, avait connu un succès en salles et reposait sur une atmosphère gothique séduisante, sa suite affadit la sauce en l’étirant. Radcliffe, qui avait attiré ses fans, n’est plus au poste. Aucune vedette, d’ailleurs, ne joue dans cette production britannique, ce qui ne constituerait pas, le cas échéant, un gage de qualité, mais aiderait le film à rejoindre la jeune clientèle visée.

L’action se déroule une quarantaine d’années après les événements de la première mouture. La maison hantée dans une campagne anglaise aux lourds mystères demeure au poste, mais cette fois au cours de la Seconde Guerre mondiale, alors que des orphelins, après des bombardements sur Londres, sont emmenés par une institutrice, Ève (Phoebe Fox, qui fait ce qu’elle peut sans convaincre), dans cet endroit inquiétant, faute de meilleurs locaux disponibles.

L’équipe du film, dont le cinéaste, le scénariste, le directeur photo, n’est plus la même.

Et ici, le travail de la directrice artistique, Jacqueline Abrahams, est plus digne de mention que celui du cinéaste et du scénariste. Car la maison sur sa presqu’île au chemin englouti par la marée dégage toujours son charme vénéneux suranné, avec des toiles d’araignée en plus, des automates plus déglingués que 40 ans auparavant, des murs et des plafonds plus lézardés, sur lesquels la caméra s’arrête jusqu’à plus soif en force clairs-obscurs et brouillards soulignant les effets d’effroi.

Car le fantôme de la dame en noir revenue sur les lieux réclame de la chair enfantine pour compenser la perte ancienne de son fils, mais ceux qui ont vu le premier film savent déjà tout ça. La redondance est reine. Les bruitages jouent les accents aigus sur le halo noir de l’atmosphère sans qu’on s’effraie vraiment.

Hélas, le scénario, le rythme et le jeu des acteurs laissent grandement à désirer. La romance échafaudée entre l’enseignante et un jeune pilote meurtri par la guerre (Jeremy Irvine) ne fait que briser à tout vent le climat d’épouvante désiré. Par ailleurs, des répétitions constantes de scènes du dortoir, où un orphelin, rendu muet par le choc post-traumatique, communique avec la dame spectrale et berce un automate brisé, cassent la tension et diluent les effets de surprise. La façon dont les adultes abandonnent les enfants la nuit en pareil lieu est invraisemblable.

Plusieurs épisodes embarrent l’héroïne dans des pièces où un aveugle violent ou un fantôme lui promettent les pires sévices, mais ne lui offrent pour réplique que des « Oh ! » et des « Allo ! » bien paresseux. Ève possède un secret elle aussi, trop parallèle à celui de la Dame en noir pour ne pas sembler plaqué. Quand au pilote (joué par Irvine dans la veine bébête), qui doit se reprendre après avoir démérité dans une mission de guerre, sa partition est si prévisible qu’on bâille à sa vue. Le dénouement — faut-il s’en étonner ? — laisse planer l’ombre d’un troisième Woman in Black.