La «Trilogie marseillaise» menacée

L'affiche originale de Marius
Photo: Paramount Pictures L'affiche originale de Marius

Cernes, désagrégation, moisissures : les négatifs des films Marius, Fanny et César, tous écrits par Marcel Pagnol, sont en piteux état. À tel point qu’à défaut d’une restauration minutieuse, ceux-ci pourraient être à jamais perdus. Afin de parer à cette éventualité funeste, les héritiers du chantre de la Provence ont lancé une campagne de sociofinancement dont l’issue semble d’ores et déjà prometteuse.

C’est Nicolas Pagnol, petit-fils de Marcel Pagnol, qui pilote le projet de restauration de la Trilogie marseillaise. D’emblée, le Centre national du cinéma, la chaîne Arte, le Fonds culturel franco-américain et la Cinémathèque française ont apporté leur concours, mais les sommes requises n’ont pu être rassemblées. Quelque 150 000 euros additionnels sont nécessaires.

« À l’occasion du 120e anniversaire de la naissance du cinéma et du cinéaste Marcel Pagnol, la société familiale CMF-MPC souhaite faire revivre la Trilogie marseillaise : Marius, Fanny, César dans leur format original […]. Chaque film nécessite un financement à hauteur de 50 000 €. Une restauration patrimoniale à partir du négatif d’origine ainsi qu’une restauration numérique permettront à ces trois films d’être à nouveau projetés dans les salles de cinéma », explique le premier sur la page dédiée à la collecte de fonds, qui a réuni environ le tiers de la somme totale nécessaire en quelques jours seulement.

Sortis sur les écrans entre 1931 et 1936, Marius, Fanny et César ont connu un succès immense à l’époque, avant que le temps — et l’amour des cinéphiles — n’en fasse des classiques du cinéma français. Réalisé par Alexander Korda, Marius conte les tourments d’un jeune homme tiraillé entre son père, sa petite amie et l’appel de la mer. Fanny poursuit l’histoire du point de vue de la fiancée enceinte et abandonnée qui, pour éviter l’infamie, contracte mariage avec un homme bon qu’elle n’aime pas. Enfin, César vient clore le récit avec « l’enfant de l’amour » qui, devenu jeune homme, tente de retrouver son père biologique.

Vers une conservation optimale

 

Malgré leur statut enviable, ces oeuvres n’ont jamais été restaurées à proprement parler, à commencer par le négatif de Fanny qui, depuis la sortie du film en 1932, n’a même jamais été touché. Idem pour César, ce titre réalisé par Pagnol, dont 20 minutes avaient été coupées, et qui sera restauré en priorité dans son intégralité. Ce sera en outre l’occasion de rendre à la trilogie son ratio d’image original de 1 : 20, artificiellement ramené au standard subséquent de 1 : 33.

« Plus qu’une restauration de films, il s’agit de sauver notre patrimoine cinématographique et de faire vivre l’oeuvre de Marcel Pagnol encore et pour longtemps, pour toutes les générations futures. Le nouveau support de la trilogie, un négatif 35 mm polyester, va garantir une conservation optimale des pellicules et une durée de vie d’un siècle supplémentaire à la trilogie », plaide Nicolas Pagnol, qui entend superviser la restauration.

Le réputé directeur photo du pastiche The Artist, Guillaume Schiffmann, participera également à un processus qui s’annonce long, ardu et surtout délicat. Pour l’anecdote, l’un des premiers longs métrages auxquels Schiffmann a collaboré est La gloire de mon père, basé sur les souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol.

Marcel Pagnol, on s’en souviendra, aimait profondément le septième art. « Le cinéma et moi sommes nés le même jour, au même endroit », se plaisait-il à dire.

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