Le Verdun intérieur

D’où je viens est une lettre d’amour poétique à un des quartiers les plus attachants de Montréal.
Photo: Claude Demers D’où je viens est une lettre d’amour poétique à un des quartiers les plus attachants de Montréal.

Le cinéaste de L’invention de l’amour et des Dames en bleu signe ici une oeuvre intimiste et tendre, mi-fiction, mi-documentaire, inclassable, subtil patchwork dont on ne voit jamais les coutures, voyage intérieur du cinéaste. Alliant autobiographie et profils d’enfants en alter ego, D’où je viens est aussi une lettre d’amour poétique à un des quartiers les plus attachants et les moins filmés de Montréal, Verdun, en corps à corps avec la nature, les berges du Saint-Laurent, ici omniprésentes.

Produit à l’ONF, ce beau film québécois a pris l’affiche à Noël, à l’ombre des grosses productions américaines, et il serait dommage qu’il passe inaperçu. Remontée aux sources du cinéaste, en quête de racines, sans nouvelles de ses parents biologiques, tiré de l’orphelinat, élevé à Verdun, c’est sa voix hors champ qui joue le fil d’Ariane entre passé et présent, flux et reflux, enfance d’hier à réparer et celle d’aujourd’hui au milieu de portraits d’enfants qui ressemblent au cinéaste comme des frères.

La rage qui lui parcourait l’échine, les spasmes d’autodestruction comme ses crises d’épilepsie trouvaient leur rédemption dans ce contact permanent avec la nature. Lui, le chasseur de canards, qui considérait l’île des Soeurs voisine comme le royaume de la sauvagine, regarde ce qu’elle est devenue, si construite, si balisée.

La faune de Verdun s’anime : le graffiteur à la bonbonne, l’habitué des cafés depuis 40 ans, le prêtre évangéliste, l’école, l’église. On salue le magnifique travail à la caméra de Jean-Pierre St-Louis et Nicolas Canniccioni à l’heure de capter la nature, les éclats de lumière sur l’eau, les joncs, la chaloupe, la traque des chasseurs à l’aube dans ce Verdun qui ne s’est jamais domestiqué, mais demeure un coin de campagne en ville dont les enfants arpentent les berges en explorateurs. Les choix musicaux entre classicisme et ballades d’aujourd’hui jamais criardes épousent la mélancolie de cette plongée intimiste si touchante.

D’où je viens

Québec, 2014, 78 minutes. Réalisation, scénario et narration : Claude Demers. Avec Cédric Joyal, Bastien-Xavier Landry-Miron. Image : Jean-Pierre St-Louis, Nicolas Canniccioni. Montage : Alexandre Leblanc.