C’est du Jolie

«Unbroken» évoque beaucoup d’autres films, de «Chariots of Fire» à «Merry Christmas Mr. Lawrence».
Photo: Universal «Unbroken» évoque beaucoup d’autres films, de «Chariots of Fire» à «Merry Christmas Mr. Lawrence».

Pour cette nouvelle incursion derrière la caméra, après In the Land of Blood and Honey, l’actrice Angelina Jolie a réuni autour d’elle une somme de talents impressionnante: quatre scénaristes, dont les frères Joel et Ethan Coen, leur merveilleux directeur photo Roger Deakins et le compositeur Alexandre Desplat. Tous sont au service d’une authentique histoire de courage et de survie, celle d’un ancien coureur olympique devenu militaire pour l’armée américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale, mais surtout un véritable martyr affligé par les éléments et plus tard par les méthodes sadiques d’un sergent japonais. Cette aventure était depuis longtemps connue, mais il a fallu le livre à succès de Laura Hillenbrand pour susciter à nouveau l’intérêt.

Cette leçon édifiante et douloureuse, vécue intensément par Louis Zamperini (Jack O’Connell, très physique, souvent émouvant), constitue une merveilleuse matière de cinéma pour une réalisatrice cherchant les contrastes, les morceaux de bravoure et bien sûr les grandes performances d’acteur. Car c’est le récit d’un tourbillon, celui d’un homme pris en plein ciel dans les griffes de la guerre, ensuite voguant à la dérive sur un radeau de fortune pour échouer dans un camp de prisonniers, où il devient le souffre-douleur d’un ennemi aussi envieux que belliqueux (le chanteur Mivayi, toujours sur la même note revancharde).

Voilà autant d’épisodes dignes des meilleurs drames de guerre et autres apologies de la résilience, d’autant plus que Zamperini, issu d’une famille pauvre d’origine italienne qui était établie en Californie, se destinait d’abord au métier de bandit de grands chemins, avant de découvrir la course à pied. Ces quelques moments marquants illustrés en flash-back, dont un passage remarqué aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 (il aurait serré la main d’Hitler, ce qu’on omet d’illustrer dans le film), surgissent ici et là comme autant de pauses dans cette succession ordonnée de tragédies.

C’est sans aucun doute la longue dérive dans l’océan Pacifique, avec son lot de requins et de vagues déchaînées, qui constitue le meilleur de l’approche résolument classique de Jolie. Car, si tout le film affiche un professionnalisme irréprochable, cela va de pair avec une esthétique soignée qui neutralise très souvent la souffrance profonde des protagonistes, ancrée dans des environnements qu’on souhaiterait moins aseptisés, sentant un peu fort les studios…

Unbroken évoque beaucoup d’autres films, de Chariots of Fire (dans sa dimension sportive) à Merry Christmas Mr. Lawrence (pour le rapport ambigu entre le Japonais et l’Occidental, mais ici purement spectaculaire et assez superficiel). Voilà sans doute la meilleure preuve d’une démarche cherchant constamment sa singularité, au service d’une aventure hors du commun, mais racontée selon des normes purement hollywoodiennes. Même si elle change de boulot, Angelina Jolie n’oublie jamais qu’elle fait partie de ce cénacle.

Unbroken (v. f. : Invincible)

★★★

États-Unis, 2014, 137 min. Drame biographique d’Angelina Jolie avec Jack O’Connell, Jai Courtney, Garrett Hedlund, Miyavi.
V. O. : Cinéma Banque Scotia, Carrefour Angrignon, Cavendish, Colisée Kirkland, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché central. V. F.: Quartier latin, Carrefour Angrignon, StarCité, Lacordaire, Marché central. V. O. s-t.f.: Cinéma du Parc.